A Ciambra

Affiche A Ciambra
Réalisé par Jonas Carpignano
Titre original A Ciambra
Pays de production Italie, U.S.A., France, Suède, Allemagne, Brésil
Année 2017
Durée
Musique Dan Romer
Genre Drame
Distributeur DCM Films
Acteurs Pio Amato, Koudous Seihon, Iolanda Amato, Damiano Amato, Patrizia Amato
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 776
Bande annonce

Critique

Entre fiction et documentaire, le réalisateur italo-étasunien porte un regard perspicace sur un adolescent gitan, tiraillé entre l’enfance et l’âge adulte.

Pio (Pio Amato) vit avec sa famille dans la communauté des gitans qui peuple un village de la Calabre. Un peu plus loin, les tentes d’un camp de migrants abritent Ayiva (Koudous Seihon) et ses amis, venus d’Afrique noire. Trop grand pour jouer avec les petits de son clan, trop jeune pour suivre ses aînés dans leur «travail», Pio traîne du côté des Africains et recherche l’amitié d’Ayiva. Mais lorsque son père et son frère sont arrêtés, c’est lui qui doit faire vivre la famille.

Les immeubles sont sales et bruyants, les enfants qui y traînent s’amusent parmi les ordures; ils crient, fument et boivent du vin; ils jouent déjà aux «durs». Voilà comment se présente Ciambra, un quartier gitan authentique de Gioia Tauro, petit port près de Reggio Calabria.
Jonas Carpignano a tourné avec les habitants de ce quartier. La famille Amato lui a prêté son visage tel qu’il est et Pio joue à peu près son propre rôle. Certes, le réalisateur a écrit un scénario, le film est une fiction, mais quelle différence? Les traditions, les états d’esprits, le style de vie sont bien ceux qui prévalent dans ce fond d’Italie, supervisé par la mafia, où la police et l’école s’avèrent aussi impuissantes l’une que l’autre.
Plus le film avance, plus il se resserre sur Pio, excellent et touchant acteur de sa propre vie. A quatorze ans, le garçon doit prouver qu’il est capable de se conduire comme un homme. Le moment est venu de son initiation. Elle va se faire douloureusement, cruellement, il y versera probablement les dernières larmes de son existence. Ainsi se mettent en place des dynasties de truands dont la foi n’est jamais autre que celle en la famille, quitte à se noyer dans d’implacables conflits de loyauté.

Entre fiction et documentaire, Carpignano filme avec beaucoup de tact et de subtilité la complexité de la situation, les lambeaux d’enfance qui traînent sur l’envie de virilité, le moment subtil où la moralité du sentiment balance au cœur de l’alternative bien ou mal. Ose-t-on croire que, malgré le conditionnement dès le berceau, il existerait un moment où tout n’est pas forcément perdu? Comment ne pas percevoir le rôle salvateur que la présence d’Ayiva pourrait jouer… s’il n’y avait la famille!
Au cœur d’un tel contexte, A Ciambra ne manque pas d’interroger aussi sur la définition de la misère. Chez les Amato, un jour on est riche, un jour on est pauvre, mais la misère est toujours là qui, en définitive, dépend des dispositions intellectuelles et morales beaucoup plus que de l’économie domestique. On voit bien, ici, qui en sont les victimes: les enfants pasticheurs d’adultes et Pio qui veut tellement entrer dans la triste ronde des petits malfrats pour acquérir la considération des autres.

«Le but final est bien de donner mon point de vue sur la vie telle qu’elle est où je vis, précise le réalisateur, et de laisser le spectateur décider par lui-même ce qu’il ressent. Mes films ne sont pas objectifs, ils ne défendent pas une cause particulière. Ils doivent être vus comme une exploration des personnages mis en situation de conflits et de contradictions, qui cherchent à y faire face du mieux qu’ils peuvent.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15