Zama

Affiche Zama
Réalisé par Lucrecia Martel
Titre original Zama
Pays de production Argentine, Espagne, France, U.S.A., Pays-Bas, Brésil, Portugal, Mexique
Année 2017
Durée
Genre Historique, Drame
Distributeur trigon
Acteurs Lola Dueñas, Matheus Nachtergaele, Rafael Spregelburd, Daniel Giménez Cacho, Juan Minujin, Daniel Veronese
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 783
Bande annonce (Allociné)

Critique

Le film s'ouvre avec Diego de Zama (Daniel Giménez Cacho), contemplant, en marge du cadre, l'océan. Comme le poisson repoussé par le courant aux extrémités du fleuve, selon un conte narré par un esclave, Zama lutte pour « assurer sa permanence » dans un environnement hostile qui ne cesse de le rejeter. Pour garder la tête hors de l'eau, Don Diego, magistrat dans une colonie espagnole, perdue, d'Amérique du Sud, fonde tous ses espoirs sur son transfert ailleurs, dans une colonie plus prestigieuse. Dans l'attente d'une lettre de la Couronne espagnole, qui ne viendra jamais, il erre, désireux, d'autant plus qu'il est ignoré ou moqué des femmes qu'il convoite. Il adopte dès lors une posture passive, d'observation, sans possibilité d'actions véritables, ce que sa position dans le cadre, très souvent décentrée, met en évidence. Le regard intense, soutenu, désespéré de Daniel Giménez Cacho exprime à merveille sa vulnérabilité, son besoin d'attention, notamment face à la comtesse Luciana (Lola Dueñas), consciente du désir qu'il éprouve pour elle, jouant avec, sans toutefois s'offrir à lui.

Dans la première partie de Zama, nous ne quittons point la colonie, dans laquelle l'attitude des colons et leurs biens matériels contrastent avec la population locale, les esclaves venus d'Afrique et les paysages. Cette dissonance apparaît avec beaucoup de finesse à l'écran par une représentation théâtrale et ridicule de l'accoutrement des colons, coiffés de perruques blondes, de leurs habits et des murs de leurs maisons aux couleurs vives. Donnant l'impression d'une mise en scène à laquelle plus personne ne croit, leur déchéance semble certaine.

Dans la seconde partie de l'œuvre, Zama, vieilli, sans espoir de quitter la colonie, rejoint une expédition militaire afin de retrouver un bandit, Vicuña Porto (interprété avec excellence par Matheus Nachtergaele, acteur populaire au Brésil), homme vif, malin et cruel. La rupture entre les deux volets de ce diptyque s'opère de manière inattendue, un peu brutale: les plans sont plus larges, d'autres personnages interviennent et la violence occupe alors une place plus conséquente.

Film merveilleux, fascinant, et singulièrement déroutant: au traitement original de la temporalité - l'absence de marqueurs suggère de curieuses ellipses - s’ajoutent des changements de focalisation, si bien que l’on ne sait jamais si les images expriment la subjectivité des personnages, leurs rêves, leurs délires, ou des événements effectifs. Cette hétérogénéité, quoique complexe, renforce le plaisir du spectateur.

Sabrina Schwob

Appréciations

Nom Notes
Sabrina Schwob 17
Antoine Rochat 16