Téhéran Tabou

Affiche Téhéran Tabou
Réalisé par Ali Soozandeh
Pays de production Allemagne, Autriche
Année 2017
Durée
Musique Ali N. Askin
Genre Animation, Drame
Distributeur praesensfilm
Acteurs Arash Marandi, Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Bilal Yasar, Negar Nasseri
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 799
Bande annonce

Critique

Sara, Pari, Donya, Babak: trois femmes et un homme qui tentent d’exister au cœur de Téhéran. Entre la prostitution, le poids des liens famille, la pauvreté, la ville tisse une toile étouffante dont il est difficile de se défaire. Toute action implique des luttes de pouvoir. Et nos protagonistes en ressortent rarement vainqueurs. Pari gagne petit à petit, en vendant ses charmes, le confort nécessaire à l’éducation de son fils, muet de naissance. Sara tente d’obtenir un travail, alors que sa belle-famille et son mari veulent la voir s’occuper de l’enfant à naître. Quant à Donya et Babak, histoire d’un soir, ils mènent une véritable course contre la montre pour que la jeune fille soit à nouveau «vierge» pour le jour de son mariage. Les destins vont s’entrecroiser, tandis que Téhéran pèse sur chacun.

Pour son premier long métrage, Ali Soozandeh frappe fort. Tout d’abord dans la forme. Utilisant le procédé de rotoscopie, qui implique de dessiner sur des prises de vue réelles, il propose un film à l’ambiance réaliste mais flottante. Les visages si incarnés des acteurs, le quotidien décrit sont tirés du côté de l’onirisme par des traits dansants. Jusqu’à ce que décors et corps se fondent parfois; une manière d’illustrer la ville qui se referme sur ses habitants. Car rares sont les moments de liberté. Tout s’achète ou se paie cher dans la société que nous présente le réalisateur. Son regard est critique, dur, à l’image des séances photos par lesquelles passent tous les personnages. Ce qui est normalement considéré comme un reflet de l’identité est ici toujours mensonge.

Toutefois ce ne sont pas eux que Soozandeh juge, mais un monde paradoxal où les règles, les traditions poussent les individus à mal agir pour ne pas désobéir. Ou il s’agit d’être un autre pour survivre. Et si les obligations pèsent sur tous, les femmes souffrent quand même davantage, contraintes dans chacun de leur geste par la nécessité d’obtenir un aval masculin. Reste alors la solidarité, avant tout féminine, ou la fuite. Mais les quatre parcours que l’on suit le montrent bien, même cela ne garantit pas forcément un dénouement heureux.

Est-ce que l’innocence, de l’enfance notamment, peut s’épanouir en dépit de tout? Le film prend soin de laisser le spectateur incertain et bouleversé.

Adèle Morerod

Appréciations

Nom Notes
Adèle Morerod 15
Nadia Roch 16