Famille syrienne (Une)

Affiche Famille syrienne (Une)
Réalisé par Philippe Van Leeuw
Titre original Insyriated
Pays de production Belgique, France
Année 2017
Durée
Musique Jean-Luc Fafchamps
Genre Drame
Distributeur agorafilms
Acteurs Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud, Juliette Navis, Mohsen Abbas, Moustapha Al Kar
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 744
Bande annonce

Critique

En 2009 le cinéaste belge Philippe Van Leeuw racontait dans son premier long métrage l’histoire d’une jeune femme tutsi plongée dans l’horreur du génocide rwandais de 1994 (Le Jour où Dieu est parti en voyage). Et cela sans complaisance, sans rien montrer des atrocités du conflit, sans en chercher les causes. Avec Une Famille syrienne il adopte une démarche très proche, suivant au jour le jour Oum Yazan (Hiam Abbass), une mère de famille palestinienne habitant Damas avec ses deux filles et son fils, dans la tourmente de leur pays en guerre.

Mère et enfants tiennent bon, cachés dans leur appartement, piégés par les bombardements, confinés dans leurs murs - il s’agit d’un véritable huis clos tragique. Tous les quatre s’organisent au jour le jour et ont recueilli chez eux un couple de voisins, Halima (Diamand Bou Abboud) avec son nouveau-né et son mari. Interviendront d’autres personnages masculins, d’un côté des membres de la famille, et de l’autre de belles crapules exploitant la situation sans vergogne.

Si une forme de réalité diffuse de la guerre est présente dans le film, elle reste essentiellement hors champ. Le propos du cinéaste n’est pas d’expliquer quoi que ce soit (sur un plan militaire ou politique), mais de montrer par quels moyens les gens essaient de se débrouiller au quotidien, poussés par leur instinct de survie.

Le cinéaste décrit une journée de ce véritable enfer, une journée ordinaire qui est celle que vivent depuis des années, on le sait, les Syriens. Le film fait réfléchir aux notions de courage et de lâcheté, décrivant une vie qui se voudrait normale, alors qu’elle est sous tension constante. Les scènes sont décrites de façon presque intimiste, sans pathos; elles sont parfois à la limite du soutenable - peut-être y a-t-il ici ou là quelques développements superflus - et le réalisateur laisse aussi entendre que ces images ont une large portée et concernent bien d’autres régions du monde.

La qualité cinématographique d’Une Famille syrienne (tourné au Liban) est évidente: bande-son discrète (mais explicitant tout ce qui se passe hors champ, dans les rues de Damas), plans-séquences parfaits, casting des acteurs superbe (on citera Hiam Abbass dans le rôle de Yazan). Un tableau tragique, celui d’une journée ordinaire d’une famille syrienne, un film qui cherche à sortir des sentiers battus pour nous parler de l’actualité de notre monde.

Serge Molla