Corporate

Affiche Corporate
Réalisé par Nicolas Sihol
Pays de production France
Année 2016
Durée
Musique Alexandre Saada
Genre Thriller, Drame
Distributeur agorafilms
Acteurs Lambert Wilson, Alice de Lencquesaing, Céline Sallette, Stéphane De Groodt, Violaine Fumeau
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 765
Bande annonce

Critique

Intéressant et bien construit, ce film observe d’un regard froid le comportement calculateur d’une entreprise.

«Proactive corporate» est l’une de ces expressions dont l’économie raffole; elles sont si commodes pour lui donner de l’allure – croit-elle -, quand ce n’est pas pour masquer la réalité. Dans le film de Nicolas Sihol, c’est le nom donné à la fonction qu’Emilie (Céline Sallette) occupe dans son entreprise. En français, on dirait qu’elle est responsable des ressources humaines.

Avant la crise des années nonante, on parlait de chef du personnel et dans personnel, on entendait qu’on avait affaire à des personnes. Parce qu’il n’est qu’un adjectif, l’humain des ressources humaines a perdu cette notion de présence, d’individu. Il devient plus facile d’agir en faveur de l’entreprise, autorité absolue, quand on n’a pas un visage en face de soi.

Revenons à Emilie. Son patron (Lambert Wilson), l’a embauchée pour préparer une demi-douzaine de collaborateurs à leur licenciement et elle fait son travail, comme elle dit. Mais qu’un des employés refuse le sort qu’on lui destine et toute la machine s’enraye. Confrontée au drame qui bouleverse l’entreprise, Emilie ne veut pas payer pour ses chefs.

Corporate analyse le fonctionnement d’une société qui renouvelle une partie de son personnel. Comment faire quand il n’y a rien à reprocher  aux collaborateurs dont on veut se défaire ? Justement, c’est le premier point, pourquoi se débarrasse-t-on d’une personne qui a donné entière satisfaction jusqu’ici? Le deuxième point est le comment. D’où la «mise en mobilité» qui devrait inciter l’indésirable à démissionner. Et ainsi de suite.

Le décor de l’entreprise est élégant mais nu, glacé, dans une parfaite conformité avec ce qu’on qualifie de design aujourd’hui. Le style d’Emilie s’y rapporte, sec, fermé, entièrement voué à prouver l’efficacité. Bref, il n’y a d’âme ni chez elle, ni dans ses relations, ni dans les bureaux qu’elle traverse en faisant claquer ses talons. Ni même dans sa vie privée, d’ailleurs.

Le constat du réalisateur est sévère, caricatural même. Il faut pourtant admettre que la réalité en est très proche; ce dessin à gros traits est connu de nombreuses personnes jetées hors les murs comme quantité négligeable. Il faut admettre aussi que tout cela se passe sous le couvert d’une sémantique particulièrement étudiée pour faire illusion sur ses bonnes intentions et que l’euphémisme y prend largement sa place. C’est une forme de manipulation de la «victime».

Mais Sihol va plus loin et observe la psychologie d’Emilie, c’est là qu’il perd légèrement pied. Son film s’affaiblit quand il tente d’expliciter ce que ressent la responsable des ressources humaines. Est-ce la direction d’acteurs ou la comédienne qui pêche? Emilie ne quitte pas son masque d’insensibilité, que se passe-t-il en son for intérieur? Que dire de sa culpabilité, qu’en pense-t-elle? Une séquence dans laquelle le réalisateur la place avec son mari en miroir devant les faits ne laisse pas entrevoir une évolution et, par la suite, son brusque retournement apparait peu vraisemblable.

Mieux réussie est la démonstration du fonctionnement de l’inspection du travail dont le réalisateur montre les difficultés et les ambiguïtés. Y compris dans un chantier de construction où il s’avère que la protection des travailleurs peut se retourner contre eux. Mais ce contexte-là ajoute une séquence hors de propos à Corporate, histoire qui évolue à l’intérieur d’une société dont le seul objectif est de gagner de l’argent…

Geneviève Praplan