Félicité

Affiche Félicité
Réalisé par Alain Gomis
Pays de production France, Belgique, Sénégal
Année 2017
Durée
Genre Drame
Distributeur trigonfilm
Acteurs Véronique Beya Mputu, Papi Mpaka, Gaetan Claudia, Nadine Ndebo, Elbas Manuana
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 765
Bande annonce

Critique

Quatrième film du cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis, Félicité arrive sur nos écrans tout auréolé des prix obtenus au Festival de Berlin 2017 (Prix du Jury - voir les lignes de Denyse Muller) ainsi qu’au tout dernier Fespaco de Ouagadougou (Etalon d’Or du Meilleur Film). Voilà un long métrage africain – cela vaut la peine de le relever - qui aborde de face la condition féminine telle qu’elle se présente dans un pays comme la République Démocratique du Congo.

Félicité (Véronique Tshanda Beya) est chanteuse dans un grand bar de Kinshasa. Sa vie va basculer le jour où son fils Samo, 14 ans, est victime d’un accident de moto. Elle se précipite à l’hôpital et le découvre ensanglanté, une jambe broyée. Pour rassembler la grosse somme d’argent nécessaire à une indispensable opération, Félicité se lance dans une course effrénée à travers les rues de Kinshasa, une capitale agitée et souvent hostile. Une course ardue qui la conduira d’abord chez le père de Samo, qui la rejette sèchement, puis sur d’autres chemins, comme celui de Tabu, un client qu’elle avait croisé un soir dans le bar où elle se produisait.

Félicité est le portrait très fort d’une «Mère Courage» qui n’accepte ni la compromission, ni la défaite, et qui ne plie pas sous les coups. Ce personnage de chanteuse hors du commun (elle est accompagnée par les Kasai Allstars, un groupe de musiciens s’inscrivant en droite ligne des musiques rituelles du pays) est celui d’une femme forte, déterminée et engagée, que l’accident de son fils commence par déstabiliser: est-ce que la vie vaut encore le coup ? ou est-ce qu’on en reste là ? se demande-t-elle, avant de choisir le «retour à la vie».

Kinshasa est le décor de cette recherche d’un nouvel équilibre, matériel et affectif. La ville est décrite incidemment, mais son histoire politique est encore inscrite dans les mémoires (tout comme celle de la RDC : dictature, guerre intestine, déstabilisation et misère…). Une ville pleine de surprises aussi, où l’on peut entendre l’Orchestre Symphonique Kimbanguiste (OSK), avec son répertoire résolument classique et contemporain.

Film qui se veut moderne dans son écriture, Félicité souffre parfois de quelques étirements superflus: autant le tableau social général et le portrait particulier de l’héroïne sont intéressants et subtilement décrits, autant certaines digressions sur le monde intérieur de la jeune femme ou certaines échappées un peu hors sujet (souvenirs ? imagination ? angoisses ?) paraissent moins indispensables. Plus courte l’histoire aurait sans doute gagné en efficacité narrative (le film dure plus de deux heures) et la problématique de la condition féminine serait apparue plus nettement. Il n’en reste pas moins que le de l’actrice principale est remarquable de sensibilité et que se dégage de son personnage une charge émotive – tout en retenue -  assez rare.

Antoine Rochat