Confessions (Les)

Affiche Confessions (Les)
Réalisé par Roberto Andò
Titre original Le Confessioni
Pays de production Italie, France
Année 2015
Durée
Musique Nicola Piovani
Genre Drame, Thriller
Distributeur xnix
Acteurs Daniel Auteuil, Moritz Bleibtreu, Connie Nielsen, Pierfrancesco Favino, Toni Servillo
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 758
Bande annonce

Critique


Une intrigue policière pour remettre à sa place l’économie et ses abus de pouvoir... L’ironie s’ajoute à l’intelligence et à la beauté de ce film.

Il est une blague que Daniel Roché aime bien raconter: «Un quadragénaire ne peut être sauvé que grâce à un cœur greffé. Le médecin lui propose celui d’un enfant de sept ans. Non, réponds le patient, il est trop jeune. Celui, alors, du patron du Fonds Monétaire International? Impossible, il n’en a pas. Mais alors, peut-être celui de ce sexagénaire, directeur d’une banque nationale? Ah! oui, celui-là me convient car il n’a jamais servi!»

L’économie planétaire est en crise, il s’agit de la remettre sur pied. A cet effet, le Français Daniel Roché (Daniel Auteuil, enfin dans un rôle à la mesure de son talent), directeur du FMI, a réuni les responsables des huit pays les plus riches du monde. Sont invités aussi une autrice de romans pour enfants (Connie Nielsen) et un étrange moine (Toni Servillo, parfait). L’assemblée se déroule, dans un hôtel de luxe allemand. C’est alors que survient un drame qui sème la panique parmi les participants, bouleversés à l’idée d’un déséquilibre dans les marchés boursiers. Mais anxieux aussi de savoir ce que le moine connaît de leurs manigances.

Passionné de philosophie, Roberto Andò observe le monde avec un large humanisme. Son précédent film, Viva la libertà (2013), abordait la politique avec un esprit sarcastique, lui jetant des peaux de banane auxquelles elle ne résistait pas. C’est l’économie qui est en jeu dans Les Confessions, un film d’une grande richesse, qui mérite d’être vu et revu pour livrer toute sa force.
Où se niche l’éthique dans l’économie? Comment cette science, qui a envahi et domine désormais la vie politique, sait-elle affronter les inégalités et l’injustice? Ou plutôt, comment parvient-elle à les tourner en arguments tels que celui de la croissance, pour augmenter toujours plus le volume d’affaires et les bénéfices. Et que dire de la vanité de tout cela?
Il n’y a aucune volonté de mal faire chez les seigneurs du G8 que filme le réalisateur italien, seulement une froide ignorance de certaines réalités, une conviction mathématique de leur juste entreprise. Ce moine silencieux, vêtu de blanc, les dérange à peine dans un premier temps. Mais viennent les questions provoquées par l’imprévu et dès lors, ils ne savent plus comment s’y prendre. Leurs questions sont tordues par les réponses de la spiritualité.

«J’aimais l’idée de confronter l’illusionnisme du pouvoir politique, représenté par ses ministres de l’économie, à un moine. C’est-à-dire à un homme totalement étranger à cette sphère, qui ne possède rien, pas même sa vie, et dont l’humanisme tranche radicalement avec les autres protagonistes. Et je vois dans cette confrontation, un défi, celui d’apporter un état nouveau», explique Roberto Andò.

La dialectique est passionnante, habitée d’une fine ironie. L’intrigue policière avantage le sérieux du sujet. Réflexion sur le temps, réflexion sur l’argent que chaque fois le moine remet à leur place, dans leur fonction humaine. Le réalisateur découpe son film en séquences très brèves, le rythme vif tend l’atmosphère et s’impose parallèlement à la pensée qui, elle, fait son chemin sans ruptures.

Dans un décor magnifique – le Grand Hôtel d’Heiligendamm a réellement accueilli un sommet du G8 en 2007 –, la valeur du silence finira peut-être par s’imposer. Les chants d’oiseaux, comme un étrange et envoûtant leitmotiv, rappellent la puissance de la nature, tandis que Rolf, le chien, semble se choisir un autre maître…
On est bien loin de l’illusion des formules algébriques, qui font croire à la possibilité de gagner des fortunes à partir de rien. Le monde réel existe, il est à redécouvrir. Le moine le répète sans le moindre dogmatisme religieux, il n’est qu’un montreur d’humanité.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Georges Blanc 12