Chambre interdite (La)

Affiche Chambre interdite (La)
Réalisé par Guy Maddin, Evan Johnson
Pays de production Canada
Année 2015
Durée
Musique Guy Maddin, Jason Staczek, Galen Johnson
Genre Aventure, Fantastique
Distributeur ED Distribution
Acteurs Amira Casar, Mathieu Amalric, Udo Kier, Maria de Medeiros, Slimane Dazi
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 737
Bande annonce

Critique

Film hors normes, La Chambre interdite n’est pas d’un accès facile. Une fois la piste indiquée – il faut s’accrocher à un scénario-labyrinthe,en plein délire métaphysique -, on peut être ravi, surpris ou décontenancé. Un petit prologue tiré (nous dit-on) d’un film perdu desannées 30 nous explique comment prendre un bain, images à l’appui : les indications sont claires, on va se plonger pendant deux heures dans un monde totalement onirique. Avant de se sécher…

Le spectateur se retrouve dans un sous-marin endommagé, rempli degélatine explosive : ne restent dans l’engin que quatre survivants quin’ont plus que douze heures à vivre. Un mystérieux bûcheron fait soudain irruption dans l’habitacle coincé sous l’eau : il dit s’être perdu dans les bois alors qu’il cherchait une femme, Margot. Tous les cinq partent alors à la recherche du capitaine du sous-marin qui n’a plus donné signe de vie depuis que l’avarie s’est déclarée. Le film démarre vraiment lorsqu’ils commencent à visiter les chambres pressurisées du vaisseau: des histoires inventées surgissent, faisant appel à des légendes, à des contes imbriqués les uns dans les autres. Des personnages apparaissent et disparaissant au gré d’un scénario où chacun exprime ses idées sur la vie et la mort, sans aucune logique apparente, sans fil rouge, sinon celui d’un voyage intérieur menant le spectateur jusque dans les profondeurs de leurs rêves, de leurs peurs et de leurs fantasmes. Cela à travers tous les genres cinématographiques.

Le film est tout imprégné d’un choix esthétique précis : le cinéaste Guy Maddin recourt en  permanence aux intertitres du cinéma muet, auxeffets de pellicules craquelées, boursouflées et endommagées par le temps, à un expressionnisme de tous les instants, pour traiter les visages, les couleurs, les décors et la lumière. Le film ne renvoie à aucun autre et les cinéastes précisent que, lors du tournage, «chaque journée de La Chambre interdite ressemblait à une
mise en transe (de chacun des acteurs impliqués), à une séance de spiritisme invoquant l’esprit de films disparus au cours del’histoire». Pour les deux réalisateurs, il s’agissait de partir à la recherche de longs métrages fantomatiques, égarés ici ou là, et qui n’auraient pas encore trouvé leurs dernières demeures. On peut dès lors tout imaginer…

Hommage aux premières années du cinéma, à tous les films tournés à ce moment-là, oubliés ou disparus ? Plongée dans les secrets de la vie et le subconscient de chacun ? L’intérêt du film ne réside pas tant dans le récit que dans la forme, pas tant dans le rationnel que dans le sensoriel. La Chambre interdite est sans conteste une œuvre originale, une prouesse technique et artistique sortant de l’ordinaire. Reste que cette belle échappée vers l’irrationnel, le fantastique et l’onirique est un peu étirée, et que ses auteurs auraient pu (dû?) en limiter lesdéveloppements. Le spectateur est amené à courir en tous sens, la bride sur le cou, à essayer de retrouver un équilibre perdu, à renouer des bouts de fils épars, à identifier tous les personnages qui se croisent (voir le générique et les noms des acteurs, tous excellents, et qui évoluent dans des univers cauchemardesques). Ce vagabondage-là est ardu, un peu longuet, et ne vise pas le grand public. Mais c’est aussi du cinéma…

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Antoine Rochat 13