Il est difficile d’être un Dieu

Affiche Il est difficile d’être un Dieu
Réalisé par Alexeï Guerman
Titre original Trudno byt bogom
Pays de production Russie
Année 2013
Durée
Musique Viktor Lebedev
Genre Science fiction, Historique
Distributeur inconnu
Acteurs Yuriy Tsurilo, Leonid Yarmolnik, Aleksandr Chutko, Aleksandr Ilin, Evgeniy Gerchakov
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 729
Bande annonce

Critique

Alexeï Guerman est mort à 75 ans, en 2013, avant de terminer le montage de son cinquième film commencé en 2000… Treize ans de tournage; c’est dire les exigences du cinéaste, la force de sa volonté artistique en dépit d’une situation politique difficile (voir ci-dessous).

Ce dernier film est l’adaptation d’un roman paru en 1969, écrit parArkadi et Boris Strougatski. Les deux écrivains se sont rendus célèbres par Stalker, mis en scène par Andreï Tarkovski (1979). Ils sont les plus fameux auteurs russes de science-fiction.

Il est difficile d’être un Dieu semble contenir toutes les questions qu’un humain responsable et engagé peut se poser sur le sort du monde. Film de science-fiction comme il en existe peu, il évoque une planète lointaine, Arkanar, où l’on vit comme dans l’Europe médiévale. Un aristocrate éclairé est envoyé de la Terre pour y sauver d’une dictature fruste et ignare les intellectuels les artistes et les poètes. A l’instar de ses compatriotes terriens, Don Rumata (Leonid Yarmolnik) est considéré comme un dieu.

Ce monument baroque de trois heures, tourné en noir et banc, semble avoir pris forme dans un cloaque. Boues visqueuses d’un automne sans fin, latrines dégoulinantes, fluides des corps se rejoignent pour nouer une société dont on croit sentir la puanteur. Par contraste, explicitant les espoirs de lumière qui hantent Don Rumata, des gerbes de roses blanches tachentla fange qui envahit jusqu’àsa demeure, lui dont la mission est de rendre sa place à l’esprit.

Alexeï Guerman soigne chaque détail. Ses longs plans-séquences cadrent des tableaux dignes des plus terribles toiles de Goya. Seuls les monstres y ont le sourire – édenté. Les derniers artistes, les derniers poètes, eux, se balancent au gibet, évoquant "La Ballade des pendus" de François Villon.
Pour autant, l’œuvre n’est jamais complaisante. Elle évoque par la provocation le gouffre de l’inculture, sa grossièreté, ses hideurs. Il faut bien dire aussi qu’elle n’offre aucun répit au spectateur, sans cesse en butte à une saleté repoussante, àl’évocation subversive du scandale qu’est l’inhumanité.
Faut-il y voir un symbole de l’Allemagne nazie, de la Russie stalinienne, de tant d’autres tragédies qui marquent l’histoire de l’humanité? Toutes les lectures sont possibles de cet univers implacable par sa bestialité. Mais il ne faut pas oublier pour autant l’interrogation portée par Don Rumate et maintes fois répétée, comment faire pour se comporter comme un dieu? C’est là la question centrale du film et celle qui fait sa grandeur: Dieu existe-t-il ?

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15