Dheepan

Affiche Dheepan
Réalisé par Jacques Audiard
Pays de production France
Année 2014
Durée
Musique Nicolas Jaar
Genre Drame
Distributeur filmcoopi
Acteurs Vincent Rottiers, Marc Zinga, Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 729
Bande annonce

Critique

A l’heure où l’Europe ne cesse de tergiverser sur l’attitude à adopter face au phénomène de l’immigration, ce film vient à point nommé, d'autant plus qu'il ne veut ni dénoncer ni culpabiliser tel ou tel pays. Le point de vue est tout autre puisqu’il s’intéresse aux destins d’un ancien soldat, d’une jeune femme et d’une enfant qui fuient le Sri Lanka et sa guerre civile et forment tous les trois une pseudo famille. Réfugiés en France et placés dans une cité sensible, ils tentent de s’offrir une nouvelle vie en travaillant dur et en apprenant le français. Ils désirent s’intégrer sans bruit et surtout ne plus connaître le son et la violence aveugle (des armes à feu). Malheureusement, la cité est le lieu de bien des trafics et il n’est pas simple d’y échapper totalement et de ne pas se voir rattrapé par quelque groupe politique sri lankais en exil.

Jesuthasan Antonythasan (Dheepan) et Kalieaswari Srinivasan (la femme) incarnent ce couple qui en a bavé, mais veut s’en sortir coûte que coûte. Sans faire la morale, ni donner de leçon, Audiard les suit pas à pas, dans leurs « hauts » comme dans leurs « bas », c'est-à-dire dans ces moments où une détonation réveille immédiatement un comportement réflexe extrêmement dangereux. Ainsi le réalisateur permet-il de quitter les sentiers généreux, mais irréalistes, pour confronter tout un chacun à la dure réalité, mais à la seule dont le prix compte.

Serge Molla


Dheepan, Palme d’Or du Festival de Cannes 2015, sort ces jours-ci sur nos écrans. Le film de Jacques Audiard n’a pas fait l’unanimité de la critique, mais il est intéressant et mérite qu’on y revienne .

Combattant de l’indépendance tamoule, Dheepan est un «Tigre». Comme la guerre civile touche à sa fin au Sri Lanka (la défaite de 2009 est proche), il décide de fuir son pays en emmenant avec lui une femme, Yalini, et une petite fille orpheline de 9 ans, Illayaal: il ne connaît ni l’une ni l’autre, mais il espère ainsi obtenir plus facilement l’asile politique en Europe. Cette «famille» arrive à Paris et vivote d’un foyer d’accueil à un autre, jusqu’à ce que Dheepan obtienne un emploi de gardien d’immeuble dans une banlieue sud de la ville. Il espère y bâtir sa nouvelle vie et y construire un véritable foyer. Mais la violence quotidienne de la cité fera ressurgir chez Dheepan d’anciennes blessures de la guerre passée et il devra à nouveau faire appel à ses instincts guerriers pour protéger Yalini et Illayaal.

Avec ce film Michel Audiard (Un Prophète, De rouille et d’os) choisit un registre original: sans acteurs connus, il s’attache à la description d’un phénomène social particulier, accompagnant les tentatives d’insertion de plusieurs migrants qui se trouvent confrontés à un monde (européen) souvent incompréhensible pour eux. La barre d’immeubles de la cité où Dheepan travaille est contrôlée par des trafiquants de drogue, et lui-même devra reprendre son rôle de combattant.
L’essentiel du film repose sur les épaules des deux comédiens principaux, et tout spécialement sur celles de l’acteur qui incarne Dheepan. On sait qu’à l’âge de 16 ans (en 1984), Jesuthasan Antonythasan a été enrôlé par les Tigres tamouls, et que trois ans plus tard il s’est enfui en Thaïlande. A 25 ans il a demandé et obtenu l’asile politique en France. Tout en multipliant les petits boulots il commence alors une importante carrière d’écrivain (il a publié plusieurs romans à ce jour). Et c’est à 47 ans qu’il accepte de jouer dans le film d’Audiard - qui ne raconte pas vraiment sa trajectoire personnelle, mais s’en inspire fortement. A côté de lui, on trouve Kalieaswari Srinivasan, une actrice de théâtre indienne de 30 ans, dans le rôle de Yalini (Dheepan est son premier film).

Dheepan s’oriente parfois vers le film de genre, abandonnant le récit des trois protagonistes pour rejoindre la forme du «thriller»: Brahim (Vincent Rottiers), le caïd de la banlieue, embauche Yalini comme dame de compagnie chez un vieillard handicapé, tandis que la petite fille ira apprendre le français à l’école. Mais on découvre que Brahim a fait un séjour en prison, qu’il vient d’en sortir et qu’il est un des principaux chefs du trafic de drogue de la cité. Une cité dans laquelle l’on ne verra d’ailleurs jamais la trace d’un policier : la justice, c’est Dheepan qui s’efforcera de la rendre. Dans les affrontements entre bandes rivales, on aura droit à plusieurs scènes de poursuites, de violences et de coups de feu. A noter enfin qu’Audiard ponctue le récit de cet exil par quelques touches d’onirisme, qui prennent ici la forme d’une tête d’éléphant majestueux, impassible, qui se cache dans la forêt. Une symbolique du personnage de Dheepan ? Une force tranquille, confiante malgré tout, à l’image du héros ?

Le récit de Dheepan peut se lire à plusieurs niveaux. Le film s’appuie sur une structure complexe qui sait ménager des moments de tension, de détente et d’émotion. Histoire d’un homme déraciné qui redécouvre la violence après l’avoir fuie, Dheepan reste, malgré quelques longueurs dans sa partie centrale, un film fort et une réflexion généreuse et sensible.

Antoine Rochat

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 15
Antoine Rochat 16
Geneviève Praplan 15
Nadia Roch 15
Anne-Béatrice Schwab 16
Georges Blanc 15