Tête haute (La)

Affiche Tête haute (La)
Réalisé par Emmanuelle Bercot
Pays de production France
Année 2014
Durée
Genre Drame
Distributeur jmhdistributions
Acteurs Catherine Deneuve, Benoît Magimel, Sara Forestier, Rod Paradot, Diane Rouxel
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 725
Bande annonce

Critique

Le premier acte se noue dans le bureau de la juge pour enfants (Catherine Deneuve souveraine) : Séverine (Sara Forestier, déchainée dans un nouveau registre), 25 ans et deux enfants, seule et à bout de nerfs, se révèle totalement impuissante face à ses tâches éducatives et en particulier face à l’aîné de 6 ans, Malony.
Nous retrouvons ce jeune (Rod Paradot, révélé par ce premier rôle) une dizaine d’années plus tard, dans le même bureau et face à la même juge. Devenu un adolescent imprévisible, ingérable, prêt à exploser à la moindre contrariété, exclu du système scolaire et de tous les centres d’accueil, il s’enfonce dans l’inexorable dérive de la violence et de la délinquance. Les tentatives de tous les intervenants et placements mis en œuvre jusque-là ont échoué. Mais, « sa » juge et le nouvel éducateur (excellent Benoît Magimel) qu’elle lui impose, sans jamais renoncer, vont continuer à exercer leur métier au plus près de leur conscience et à se battre pour qu’un gamin, en apparence perdu pour lui-même et pour la société, retrouve un minimum d’estime et de confiance en lui-même, et puisse un jour marcher la « tête haute ».

Le grand intérêt de ce film est qu’il se concentre sur le parcours de Malony en le suivant dans ses rendez-vous et différents lieux de vie ; à l’inverse de POLISSE dont Emmanuelle Bercot était la scénariste, il ne s’appesantit pas sur la vie privée et les motivations des intervenants. Nous ne les voyons que dans l’exercice de leur rôle d’éducateurs et de juge, ultimes remparts et repères pour structurer l’existence de jeunes cabossés. Ce film rend d’ailleurs un hommage discret à ces travailleurs de l’ombre. Avec le constat amer des défaillances parentales, le père absent, la mère désemparée et immature, incapable d’aimer et élever ses enfants, La tête haute pose la question lancinante des causes de la délinquance. Car en filigrane et hors champ, le parcours chaotique de Malony nous raconte une histoire familiale difficile et douloureuse, faite de précarité d’autodestruction et d’exclusion.
Le ton de la réalisatrice est toujours juste. Elle ne triche pas, ne s’apitoie pas et ne joue pas avec un déterminisme social désespéré. Avant le tournage, elle a d’abord cherché à déchiffrer cette violence à la limite du supportable en s’immergeant dans les milieux qu’elle allait mettre en scène. Il y donc dans son scénario une part importante de matière documentaire qui densifie les personnages qui, eux, sont de fiction et rend le propos crédible et percutant. Et si l’histoire est située à Dunkerque, cette forme de réalisme social et de témoignage sur un sujet brûlant est universelle. Un film utile, fort, courageux.

Anne-Béatrice Schwab


 

De 6 à 18 ans, le parcours de Malony se résume à une course d’obstacles. Toutefois, des avancées et des reculs à répétition ne découragent ni une juge pour enfants devant laquelle il comparaît épisodiquement, ni un éducateur. Tous deux, sont bien décidés à lui faire un jour passer le cap et à devenir adulte, responsable de ses actes. C’est qu’ils sont persuadés que l’éducation est un droit fondamental qu’il revient à la société d’assumer si la famille (ici la mère du prévenu) s’en montre incapable. Les rencontres du trio rythment cette réalisation forte qui permet une immersion dans les lieux (palais de justice, centre éducatifs, prison) où le mot justice revêt parfois plusieurs sens. Privilégiant la fiction plutôt que le documentaire – celui-ci indique que tomber amoureux joue souvent un rôle clé, de déclic –, la réalisatrice crée un véritable suspense grâce à la tension suscitée par des moments d’audience et de face à face où le spectateur, tout comme le juge et l’éducateur, oscille entre confiance et découragement, empathie ou rejet.

Catherine Deneuve incarne solidement cette juge forte d’une autorité naturelle, autant que convainquent Rod Paradot en jeune blessé et fragile et Bernard Magimel qui tient le rôle de l’éducateur presque rattrapé par son propre passé. En sus de quelques échanges de regards parlant, plusieurs plans s’attardent sur les mains de Malony, crispées, serrées, ouvertes, tremblantes…, qui elles aussi sont lourdes de sens. Mais combien de jeunes croisent-ils sur leur chemin tant de patience, jusqu’à ce que cède la carapace de homard qu’ils se sont forgée et qu’ils portent davantage la tête haute, moins en signe de défiance à l’autorité que d’estime de soi? (SM)

Serge Molla

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Anne-Béatrice Schwab 18
Serge Molla 15
Georges Blanc 17