Phoenix

Affiche Phoenix
Réalisé par Christian Petzold
Pays de production Allemagne
Année 2014
Durée
Musique Stefan Will
Genre Drame
Distributeur looknow
Acteurs Nina Hoss, Ronald Zehrfeld, Nina Kunzendorf, Trystan Pütter, Michael Maertens
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 720
Bande annonce

Critique

Peut-on renouer avec un passé heureux après que la guerre a dramatiquement transformé les êtres? Le réalisateur allemand pose cette question troublante avec une grande exigence.
 
Un budget  correct, moins de quarante jours de tournage, le rejet systématique de tout effet tant du point de vue du style que de celui des sentiments… seraient-ce là les éléments de base pour réussir une œuvre d’art ? Après Barbara (2012) qui semblait posé sur les mêmes fondations, Phoenix reprend le thème de l’amour mais dans un contexte totalement différent. «Est-il possible de sortir du gouffre nihiliste creusé par les nazis et de reconstruire des sentiments tels que l’amour, la compassion, l’empathie - la vie?» s’est interrogé le réalisateur.
 
Alors que toute sa famille y a disparu, Nelly (Nina Hoss) a survécu à Auschwitz, mais en revient grièvement blessée au visage. Il ne lui reste qu’une amie, Lene (Nina Kunzendorf), qui la ramène dans un Berlin en ruines et l’aide à supporter une chirurgie de reconstruction faciale. Lene travaille à l’Agence juive et prépare pour toutes les deux une installation en Palestine. «Comment faire confiance à l’Allemagne après ce qui s’est passé ?» Mais Nelly ne songe qu’à retrouver son mari Johnny (Ronald Zehrfeld), malgré la défiance de Lene; Johnny, selon elle, ne s’intéresserait qu’à sa fortune. Or, quand Nelly se présente à Johnny, celui-ci ne la reconnaît pas.
 
Le thème de l’amour…. N’est-ce pas surtout celui de la confiance ? Dans Barbara,  la jeune femme surveillée par la police communiste de la République Démocratique Allemande ignore si l’homme qu’elle aime est un ami ou un espion. Dans Phoenix, Nelly doit-elle croire que son mari l’ait trahie ? Nelly détruite par le camp doit commencer par retrouver son visage d’avant. Elle n’est qu’un être de souffrance, que le premier passant peut renverser en le frôlant. Johnny, lui, n’a pas connu l’horreur des camps, mais comment a-t-il pu réussir à y échapper ?  
 
Avec le soutien de ces deux splendides acteurs que sont Nina Hoss et Ronald Zehrfeld (le couple de Barbara), le réalisateur allemand met en scène une réviviscence ô combien ardue, puisqu’elle surgit de toutes les morts: Auschwitz. Nelly symbolise le désir de survie, de renaissance par l’amour mais aussi par la force de caractère et l’indépendance. Elle est le Phoenix qui renaît de ses cendres. Johnny, lui, illustre la peur qui rend lâche.
 
Qui n’a pas ressenti cette peur ? Faut-il la condamner ? Ni Christian Petzold, ni Ronald Zehrfeld n’y encouragent. Face à la silhouette transparente de Nelly, Johnny est déconcerté par la ressemblance. Son comportement qui oscille dans l’indécision est bouleversant. Car c’est aussi son sentiment de culpabilité que ce questionnement met en jeu.
 
Il n’y a pas de place pour les larmes dans Phoenix. Et cependant, combien est poignante l’évolution des deux protagonistes, bousculés par les circonstances dans le contexte flottant de l’après-guerre. C’est que le réalisateur ne s’intéresse pas à la facilité du mélodrame. Il veut la vérité de l’existence,  l’observation de sentiments profondément mis en cause par l’anormalité de la situation.
 
Peut-on simplement reprendre la vie là où elle était restée ? Le scénario est passionnant; sa réalisation sobre, retenue, ouvre des abimes de questions. Phoenix parle d’un drame de l’après-guerre; il illustre puissamment le combat entre les fantômes du passé  et le besoin de vivre.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Antoine Rochat 15
Georges Blanc 15