Une belle fin

Affiche Une belle fin
Réalisé par Uberto Pasolini
Titre original Still Life
Pays de production Grande-Bretagne, Italie
Année 2013
Durée
Musique Rachel Portman
Genre Comédie, Drame
Distributeur filmcoopi
Acteurs Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D'Souza
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 715
Bande annonce

Critique

A travers un homme simple, des plus ordinaires même, le film parle du drame contemporain de la solitude. Une œuvre désespérée? Souriante au contraire, un délicieux moment d’humanisme.
Il ne faut pas confondre Uberto  et Pier Paolo. Le monument du cinéma italien qu’est ce dernier (1922 – 1975) – il est vrai trop oublié – a forgé une œuvre puissante, engagée,  quasi désespérée. Uberto, lui, neveau de Luchino Visconti, n’en est qu’à son deuxième long métrage après une carrière de producteur (The Full Monty, 1997, notamment). Il semble se construire une œuvre qui, si elle ne contient rien de l’âpre critique sociale et politique qui hantait son aîné, réussit à merveille à faire entendre sa petite musique douce-amère, son humour léger et délicat, son grand respect de l’humanité.
Son premier film déjà, Sri Lanka National Handball Team (2008) partait du contexte le plus simple, sinon de la misère, pour aboutir à une belle réussite. Le personnage principal d'Une belle fin est issu d’un monde très ordinaire, on se risquerait même à dire insignifiant… Et pourtant…
Mr. John May (Eddie Marsan) est un fonctionnaire minutieux et honnête. Il n’a ni famille ni amis et vit sa petite vie monotone sans déplaisir. Son travail consiste à retrouver les proches des personnes  qui meurent seules. Le plus souvent, l’enquête est vaine. Il organise alors une cérémonie funèbre et accompagne le défunt jusqu’à sa tombe.
Cela n’est que le préambule de l’histoire. En dire plus serait la déflorer, alors que le film, qui ne renie pas son petit côté détective, est nourri de rebondissements. «L’idée que des funérailles puissent se passer sans membres de la famille m’a particulièrement marqué, explique le réalisateur. Je me suis demandé pourquoi, dans nos sociétés actuelles, on peut en arriver à cette situation: des personnes qui meurent seules, sans compagnie, ni amis.»
La mort donc, mais pour suivre une orientation précise: qui sont, que font les vivants qui gravitent ou gravitaient autour du défunt. Qu’est-ce qui les en a éloignés. Comment se construisent les barrières qui séparent les individus. Magnifiquement interprété par un Eddie Marsan retenu mais généreux, Mr. John May symbolise tout un chacun en ce sens qu’il ne se connaît pas bien et projette sur les autres ses propres problèmes.
Seul, franchissant chaque jour à pied la distance qui sépare son appartement de son bureau, deux lieux parfaitement semblables par la méticulosité et la répétitivité des gestes qu’ils suscitent, il ne s’écarte jamais de sa rassurante routine. Mais il se laisse émouvoir par les destins qui lui arrivent sous forme de dossiers, des visages presque toujours, des histoires étranges, parfois sordides, qui se terminent en «affaire classée», sans avoir touché quiconque, sinon Mr. May. Aidé par les circonstances, le brave fonctionnaire s’ouvre à la vie, lentement, avec beaucoup de précautions.
Pasolini montre si bien les petits changements qui interviennent qu’on en arrive à aimer ce personnage, à espérer que son éveil se poursuive, qu’il découvre le bonheur en se découvrant lui-même. Une belle fin sait tenir en haleine; les surprises s’égrènent jusqu’à la fin. Jamais désespéré, ce petit bijou sensible et poétique laisse en mémoire le sentiment d’une douce mélancolie.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Daniel Grivel 18
Georges Blanc 14
Anne-Béatrice Schwab 17