Party Girl

Affiche Party Girl
Réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Pays de production France
Année 2013
Durée
Musique Nicolas Weil, Sylvain Ohrel, Alexandre Lier
Genre Drame
Distributeur First Hand Film
Acteurs Samuel Theis, Angélique Litzenburger, Joseph Bour, Mario Theis, Séverine Litzenburger
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 707
Bande annonce

Critique

A première vue, l’affiche et surtout le titre du film pourraient annoncer une comédie aux qualités douteuses. C’est le contraire. Les trois auteurs sont de jeunes cinéastes solidement formés et, s’il faut absolument glisser leur premier long métrage dans une catégorie, ils y voient «une  comédie romantique, un drame social, une fiction-documentaire, un film portrait.»
C’est bien ainsi que Party Girl doit être reçu. Il est construit à partir d’un événement réel, le mariage à soixante ans d’Angélique Litzenburger, mère de Samuel Theis, alors qu’elle a travaillé toute sa vie comme entraîneuse. Une prostituée qui se range, voilà une heureuse nouvelle. Pourtant, cela ne va pas de soi et les trois réalisateurs s’en sont inspirés pour imaginer avec beaucoup de tact une fiction réussie, mais ô combien troublante.
Lorsqu’un client de longue date (Joseph Bour) lui demande de l’épouser, Angélique (Angélique Litzenburger) accepte d’abandonner son décor pour «se ranger». Elle s’installe dans la maison de Michel. Pendant les semaines qui suivent, elle va préparer son mariage et l’annoncer à ses quatre enfants (les propres enfants d’Angélique).
Voici le spectateur tenu d’abandonner ses préjugés, convié à une sorte de vidéo familiale où chacun joue quelque chose qui ressemble à sa propre vie. Le sujet devient une vérité mise en art pour que le fait divers questionne des soucis universels. Les acteurs amateurs sont remarquablement dirigés. «Nous marchions sur un fil tendu entre la fiction et la réalité, sachant que la fiction demande des actes forts, mais que l’utilisation du réel nous obligeait à la précaution», notent les réalisateurs.
Angélique n’est pas amenée dans un roman d’amour. Tout sentimentalisme soigneusement évincé, son caractère apparaît honnêtement, avec ses espoirs et ses doutes, l’idée qu’elle se fait de l’amour, les aspérités et les bonheurs de ses différentes existences. Autour d’elle, l’ambiance est à l’acceptation d’un monde reçu comme normal; puisqu’il existe, pourquoi continuer à nourrir la discrimination?
Party Girl est une œuvre unique, intelligente et généreuse, qui ne craint pas de pousser le spectateur dans des questions dérangeantes. Un film dont il faut saluer le courage et l’originalité.

Geneviève Praplan

 


 

Oscillant entre le documentaire et la fiction, Angélique Litzenburger joue son propre rôle à l'écran. Cette dame est une danseuse de cabaret à Forbach, ville se situant en Alsace, à la frontière allemande. Sexagénaire, elle est victime du temps qui passe dans une profession destinée plutôt à la jeune génération. En constatant que ses clients se font de plus en plus rares, elle noie sa peur de vieillir dans la boisson. Aussi, quand Michel (Joseph Bour, seul acteur professionnel), lui avoue ses sentiments et lui propose le mariage, Angélique voit l'occasion de changer d'existence et de devenir une femme «honorable». Elle rencontre régulièrement ses enfants et renoue avec sa fille cadette, qu'elle avait été contrainte de laisser à une famille d'accueil à l'âge de 6 ans. Au fil de l'intrigue, on apprend qu'elle a développé des relations très particulières avec chacun d'eux, n'ayant jamais assumé son rôle de mère. Elle désire, en acceptant ce mariage, tisser des liens avec ses quatre enfants et même devenir une vraie «mamie».
Entrer dans la «normalité» n'est pas facile. Laisser sa vie et ses amies derrière soi est un pas à franchir. Angélique, malgré tous ses efforts, ne parvient pas à oublier le cabaret. Papillon de nuit, habituée à la fête, évoluant dans un monde de séduction, la routine la perturbe et elle s'ennuie. Son futur mari, un bon type certes un peu maladroit, espère la changer et l'amener à aimer son nouveau quotidien.
En idéalisant sa relation et le mariage, Angélique s'enlise dans un malaise dont elle ne réussira pas à s'extraire. La force du film est sa simplicité, son côté direct et sans compromis. Le spectateur parvient aisément à se mettre à la place de cette femme qui suffoque dans un univers qui n'est pas le sien. En même temps, participer à la déchéance de ce personnage au visage trop maquillé et souvent à la limite de la vulgarité met mal à l'aise. On pénètre effectivement dans une intimité dérangeante, à la limite du voyeurisme. A la fois pathétique, grossière et agaçante mais également attachante et pétillante, Angélique donne tour à tour l'envie de la prendre dans ses bras pour la rassurer et le désir de la secouer pour son manque de franchise et son attitude égoïste. Dans sa volonté farouche de faire du bien, elle continue à faire souffrir ceux qui lui veulent du bien...

Nadia Roch


 

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 15
Georges Blanc 15
Daniel Grivel 14
Nadia Roch 15
Anne-Béatrice Schwab 14
Philippe Thonney 11