Nebraska

Affiche Nebraska
Réalisé par Alexander Payne
Pays de production U.S.A.
Année 2013
Durée
Musique Mark Orton
Genre Comédie, Drame
Distributeur elitefilms
Acteurs Bruce Dern, June Squibb, Stacy Keach, Will Forte, Bob Odenkirk
Age légal 8 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 699
Bande annonce

Critique

Vu (lors du Festival de Cannes) au lendemain de l'ouragan Adèle... ce road movie en noir et blanc courait le risque de paraître fade - et pourtant il est parvenu à faire entendre sa jolie petite musique. En lever de rideau, on voit un vieil homme, grand et efflanqué, peiner le long d'une route et se faire ramener chez lui par une patrouille de police, auprès son énergique femme épuisée par ses fugues à répétition et par ce qu'elle considère comme le début d'une démence sénile. C'est que le bonhomme (Bruce Dern) a reçu une lettre lui annonçant personnellement «Cher Monsieur Woody Grant, vous avez gagné un million de dollars» (vous savez, le truc du Reader's Digest par exemple...), et qu'il tient mordicus à aller toucher le gros lot. Par gain de paix, son fils David (Will Forte) se porte pâle à son travail et embarque son géniteur dans sa voiture pour se rendre au siège de la société si alléchante. Leur itinéraire passe par le patelin natal de Woody, dont le père était paysan, et ils y font étape. C'est l'occasion de retrouver de la famille et de vieilles connaissances, dont certaines sont fort intéressées par le potentiel financier qui leur a été annoncé... Kate Grant, la mère (truculente June Squibb), rejoint les deux compères, et c'est l'occasion d'autres retrouvailles, avec ceux qui sont au cimetière notamment - une scène d'anthologie. David commence à découvrir son père sous un autre aspect que celui d'un pochard désabusé. Tous deux atteindront le bout de leur randonnée; en lieu et place du million espéré, Woody reviendra avec une casquette marquée Winner... Mais surtout, David échange sa voiture contre un rutilant pick up rouge, rêve de son père, et permet à celui-ci de le conduire - pour la première et dernière fois, mais ça le rendra tellement heureux - le long de la rue principale de leur petite ville, en saluant parents et amis.
Nebraska est un film qui a du coeur, qui émeut et fait sourire, tout en délicatesse. Il raconte bellement un père et un fils qui s'ouvrent l'un à l'autre, et c'est bon.

Daniel Grivel


Vieillir, serait-ce perdre la confiance des siens? Non, répond Alexander Payne qui réussit un beau film avec très peu, mais de formidables comédiens.
La vieillesse, la famille, mais aussi un anti-rêve étasunien, ce sont les lignes fortes de ce film tourné en noir et blanc. Woody Grant (Bruce Dern) est retraité d’une vie toute simple, au Montana. L’homme a encore sa tête et ses jambes, mais il croit tout ce qu’on lui dit. Par exemple, ce million de dollars qu’il aurait gagné, selon un courrier publicitaire. Comme il ne conduit plus, cela fait trois fois qu’on le retrouve sur la route, loin de chez lui, parti toucher ses gains à Lincoln, Nebraska. En fin de compte, alors que sa femme (June Squibb) parle de l’inscrire dans une maison pour personnes âgées, leur fils David (Will Forte) comprend son désarroi et décide de le conduire.
Nombreux sont les enfants adultes qui se retrouveront dans ce film…. D’ailleurs, le scénariste s’est inspiré de sa propre expérience. Alexander Payne lui-même dit avoir aimé ce souci de dignité que David nourrit pour son père. «C’est une question qui me touche directement car mes parents sont âgés et j’aimerais aussi qu’ils puissent vivre dans une dignité qu’il faut essayer de préserver, l’âge venant.»
Nebraska est un exemple de sobriété. On dirait du cinéma brut, comme si la caméra attrapait par hasard la vie et les personnes qu’elle rencontre, sans le moindre effet de style. Le noir et blanc, déjà, sert des portraits excellents, tant physiques – le vieillissement est remarquable – que psychologiques. Montana, Wyoming, Nebraska, ces Etats de l’ancienne Grande Prairie sont éprouvés par la crise. Ici, il n’y a rien d’autre à faire qu’à boire, dit une protagoniste. Et aujourd’hui, c’est la crise.»
Entre les villes désertes court l’immensité des champs pris au grand angle; leur monotonie renvoie à celle du quotidien. Les populations rencontrées – beaucoup d’acteurs sont non professionnels, car il s’agit ici de réalité et non de star system – traînent un blues indéfinissable. Et quand l’image montre la demi-douzaine de frères de Woody, ainsi que leurs deux lourdauds et bons à rien de neveux, tous assis devant la télévision, on ne sait pas très bien s’il faut invoquer l’humour et le désespoir. L’humour, si l’on en croit la bande-son qui joue une discrète ironie.
La famille de Woody, qui se reconstitue peu à peu, se compose de gens communs, sans ambition, sauf celle d’un argent venu tout seul. Le fils, David, en revanche, n’a pas grand-chose pour briller, mais il est le seul à comprendre son père et les autres, le seul à avoir des valeurs, probablement le seul à se connaître. La route qu’il accepte de faire est l’occasion de le rapprocher de son père et de le connaître mieux. Cela ne sera d’ailleurs pas sans surprises!
Drôle sans doute, cocasse sûrement, tragique souvent, Nebraska ne craint pas de montrer les pages sombres de l’existence. D’autant plus sombres, ces pages, que les protagonistes, anti-héros s’il en est, plus médiocres que pauvres, affichent un fatalisme à la limite du défendable. C’est une leçon de vie a contrario, à moins de suivre le très déterminé Woody… Que de dérision…
Belle œuvre, absolument, tellement sentie et si empathique. Payne invite à partager la même tendresse, la même indulgence que celle de David, le même regard bienveillant sur les marques de l’âge...

Geneviève Praplan

Serge Molla

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Daniel Grivel 18
Georges Blanc 17
Anne-Béatrice Schwab 16