La vie d'Adèle. Chapitres 1 et 2

Affiche La vie d'Adèle. Chapitres 1 et 2
Réalisé par Abdellatif Kechiche
Pays de production France
Année 2013
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur frenetic
Acteurs Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Salim Kechiouche, Jérémie Laheurte, Catherine Salée
Age légal 16 ans
Age suggéré 18 ans
N° cinéfeuilles 688
Bande annonce

Critique

Palme d'Or au dernier festival de Cannes, ce film déclenche la polémique, alimentée par les propos des actrices au sujet du tournage. Certains crient au chef-d'oeuvre, d'autres s'indignent. Une chose est certaine: il ne devrait pas laisser indifférent.
Adèle (Adèle Exarchopoulos) est une jeune fille de 15 ans dont les préoccupations sont celles des adolescentes: partager des secrets avec ses amies du lycée et trouver un petit copain. Sa première expérience amoureuse avec Thomas (Jérémie Laheurte) n'est pas une réussite: elle éprouve pour le jeune homme de l'amitié mais ne ressent pas de désir. Un jour, son regard croise celui d'Emma (Léa Seydoux) dans la rue... le hasard d'une rencontre qui va bouleverser sa vie. Elle prend conscience que son corps et son âme sont attirés par une femme et que ses pulsions sexuelles s'affirment. Cette découverte, difficile à assumer, l'isole de ses camarades et l'entraîne dans une histoire d'amour intense, charnelle mais dévastatrice.
Adaptant librement la bande dessinée «Le bleu est une couleur chaude» de Julie Maroh (publié en 2010, Prix du Public au 38e Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2011), le réalisateur précise avoir changé le titre pour garder le véritable nom de l'actrice, afin de lui permettre de «fusionner avec son personnage». De ce point de vue, l'exercice est réussi. Les ébats amoureux entre les deux protagonistes sont d'une intensité bestiale: le don d'elles-mêmes, l'imbrication de leurs corps illustrent vraiment l'idée que deux êtres n'en font plus qu'un. Ces scènes, magnifiquement filmées, n'ont rien à voir avec la pornographie tant elles sont esthétiques. Elles nous font cependant entrer dans une telle intimité que nous finissons par ressentir une certaine gêne, comme si nous pénétrions à notre insu dans un univers interdit.
Les deux femmes sont très différentes: Adèle, qui rêve d'être institutrice, vient d'une famille pragmatique aux valeurs traditionnelles. Elle exprime à la fois candeur, fraîcheur et émotion. Elle ressent les choses plus qu'elle ne les exprime. Emma, plus âgée, est une artiste et assume son homosexualité. Elle est libérée, extravertie et semble maîtriser la relation. Cette passion dévorante sera au final aussi douloureuse pour l'une que pour l'autre.
Le réalisateur prend son temps pour filmer les visages et les réactions comme pour intensifier les sentiments. Il place son intrigue dans un milieu culturel, permettant de parler d'art: il peut ainsi évoquer la peinture, le cinéma, Sartre, mais de manière très artificielle.
Les qualités de ce film en font aussi ses défauts. Au-delà de cette belle histoire d'amour, il est trop long, un peu prétentieux et «voyeur», pouvant laisser un sentiment de malaise.

Nadia Roch


Le très long (2 h 55) film du réalisateur de La Graine et le mulet et de Vénus noire a soulevé la quasi unanimité de la critique hexagonale (12 palmes dans Le film français!). Les amours homosexuelles sont dans le vent, surtout en ces temps où la rue s'enflamme pour ou contre le mariage pour tous. Cela étant posé, reconnaissons que la chronique dévidée par le cinéaste franco-tunisien est finement et que l'on se prend à s'attacher aux personnages, plus peut-être à la fragile Adèle (Adèle Exarchopoulos) qu'à son initiatrice impérieuse Emma (Léa Seydoux).

On assiste à la vie quotidienne d'Adèle, lycéenne de 15 ans qui cherche et qui se cherche. Entourée de copines au langage souvent cru dans leurs fantasmes, elle laisse tomber un garçon qui ne demandait qu'à l'aimer pour se laisser séduire par Emma, étudiante en beaux-arts plus âgée, filles aux cheveux bleus ouvertement lesbienne. Une passion dévorante se développe entre elles, illustrée par des scènes explicites qui auraient pu être plus elliptiques. Puis, sur cinq années, on voit Adèle devenir institutrice, Emma peintre reconnue, et leur relation évolue au gré d'une lente dégradation et de disputes homériques. Malgré sa fragilité, Adèle reste un bon petit soldat: elle ne laisse pas ses déceptions sentimentales prendre le pas sur sa vocation professionnelle.
Chacune dans son genre, les deux actrices fournissent une prestation exceptionnelle et paient largement de leur personne. La longue succession de petits riens finit par donner une épopée puissante. Pourquoi le sous-titre Chapitre 1 et 2? Parce que Kechiche, pressé par les délais du festival, avait hésité à faire un film en deux parties. A relever qu'il a annoncé son intention de raccourcir son oeuvre avant la sortie dans les salles. Le film aurait tout à y gagner.

Daniel Grivel

 

Pierre-Andre Vullioud

Appréciations

Nom Notes
Nadia Roch 13
Daniel Grivel 10
Antoine Rochat 13
15
Anne-Béatrice Schwab 12