The Master

Affiche The Master
Réalisé par Paul Thomas Anderson
Pays de production U.S.A.
Année 2012
Durée
Musique Jonny Greenwood
Genre Drame
Distributeur elitefilms
Acteurs Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Laura Dern, Amy Adams, Jesse Plemons
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 672
Bande annonce

Critique

Après MAGNOLIA (2000), film-fleuve racontant les destins croisés d’une demi-douzaine de personnages en même temps que satire de la société américaine, après THERE WILL BE BLOOD (2007) confirmant le talent de Paul Thomas Anderson, voici THE MASTER, qui nous parvient tout auréolé de distinctions (Prix de la mise en scène et double Prix d’interprétation masculine à Venise, l’an dernier). On retrouve ici les grandes qualités du cinéaste américain, tout en prenant acte d’une certaine opacité du propos.

Le film démarre superbement. On est dans les années 50: Freddie Quell (remarquable Joaquin Phoenix) est revenu de la guerre fortement perturbé. Il s’est battu contre les Japonais et garde d’importantes séquelles de ce qu’il a vu et vécu. Amaigri, la bouche déformée par un rictus, l’œil torve, il cherche à se réinsérer dans le monde du travail, mais sans succès: obsédé sexuel, alcoolique et irascible, il «pète les plombs» à la moindre contrariété. En face de lui apparaît Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman, excellent), manipulateur de génie et charlatan charismatique, qui va tenter de le guérir avant de l’embrigader dans une entreprise douteuse: il est en effet le gourou et l’animateur d’une secte baptisée «La Cause», qui a comme ambition de libérer l’être humain, défini comme «l’origine de tout».

Sans jamais donner à ses personnages des noms qui pourraient renvoyer à telle ou telle secte, Paul Thomas Anderson s’en prend très nettement aux manipulateurs de tout poil. Le portrait du «Maître» est celui d’un illuminé sans scrupules, qui n’hésite pas à détruire au passage l’existence d’autrui.

Paul Thomas Anderson se défend d’avoir voulu attaquer tel ou tel mouvement religieux: «Mon film est d’abord la description d’une époque qui me fascine, l’Amérique de l’après-Guerre, et la manière dont de bonnes intentions initiales peuvent virer au cauchemar.» THE MASTER est sans doute une interrogation sur le rêve américain, mais aussi sur le prosélytisme, sur l’appartenance à un groupe religieux, sur la recherche d’une figure de référence. Le cinéaste s’est interrogé à plusieurs reprises sur le sujet: qu’on pense à la communauté paroissiale où évolue le prospecteur de pétrole de THERE WILL BE BLOOD, ou au personnage évangéliste (Tom Cruise) de MAGNOLIA.

Film sur la manipulation, THE MASTER témoigne à l’évidence d’une remarquable maîtrise cinématographique (on se demandera en passant si le «Maître» manipulateur n’est pas - aussi - le cinéaste, celui qui construit le spectacle, celui qui cherche à séduire le spectateur…) La dynamique du film est nourrie par la synergie des deux personnages principaux, attirés l’un par l’autre et tous deux inquiétants, interprétés par deux acteurs tout simplement époustouflants. Mais si la construction romanesque est solide, si certaines scènes sont très fortes et poignantes (on pense à celles de l’hypnose ou du dialogue de Freddie avec les murs), si l’interprétation laisse pantois, THE MASTER reste précisément un spectacle, qui ne dépasse pas le niveau d’une œuvre intéressante. Le cinéaste nous parle du monde, certes, mais ne cherche pas à l’expliquer: le film garde une face obscure, un côté opaque, et semble parfois avancer sans trop savoir dans quelle direction aller. Et le tableau de la société américaine que nous propose le cinéaste reste en demi-teinte: de toutes les erreurs de parcours, de toutes les déceptions éprouvées par les personnages, le cinéaste ne tire rien de très signifiant. L’exploration du monde intérieur des protagonistes - peu attachants il est vrai - est escamotée: THE MASTER reste un film brillant, mais qui sonne (aussi) un peu creux.

Note: 14

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Georges Blanc 14
Daniel Grivel 17
Geneviève Praplan 18
Antoine Rochat 14
Anne-Béatrice Schwab 14
Serge Molla 16