Une veste tranquille

Réalisé par Ramòn Giger
Pays de production
Année 2010
Durée
Genre Documentaire
Distributeur cineworx
Acteurs Jennifer Peedom
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 664

Critique

Lauréat de deux Mentions spéciales, du Jury «Regard neuf» et du Jury «Cinéma suisse», au Festival Visions du Réel 2011, ce documentaire intense a été tourné sur six ans. L’idée en est venue à Ramòn Giger alors qu’il accomplissait son service civil dans une institution soleuroise accueillant des personnes en difficulté de réinsertion, la communauté de travail agricole Roderis, satellite du foyer Sonnhalde Gempen.

Dans cette ferme, Ramòn Giger a fait la connaissance de Roman, né en 1982, qui souffre d’autisme, qui a intégré un établissement d’enseignement spécialisé à l’âge de 7 ans et qui a été interné deux mois en psychiatrie à 15 ans, avant de gagner l’institution soleuroise, où il a été accompagné par Xaver Wirth, éducateur à la patience inoxydable, jusqu’au décès subit de celui-ci en 2009.

Xaver, adepte mais pas prosélyte de l’anthroposophie, avait créé des ateliers de confection de bougies et de tissage, une boulangerie, un rucher; avec ses résidents, il faisait des travaux d’entretien forestier, convaincu qu’un rapport intime avec la nature est bénéfique pour les autistes. On voit qu’en effet Roman se plaît au milieu des arbres et apprécie de manier une tronçonneuse - encore faut-il qu’il apprenne à maîtriser la manette des gaz (qui est un peu une parabole de son comportement parfois agressif).

Sans voyeurisme, pas à pas, au rythme lent des travaux et des jours, le spectateur est invité à suivre le quotidien du jeune homme, mutique certes mais tout heureux de filmer avec la mini-caméra prêtée par le réalisateur (une partie non négligeable du film est constituée de ces images sautillantes et cahotiques). De longues pauses marquées par un écran noir symbolisent le déficit de communication et le monde où est enfermé Roman. Il ne parle pas mais émet des sons, sifflote et bourdonne en se bouchant les oreilles, pousse des cris monotones, gratouille inlassablement une guitare; dès qu’il se trouve confronté à une situation qui perturbe sa routine, il se lance dans des balancements répétitifs ou prend la fuite. Il est toutefois capable de s’exprimer lors de séances de communication facilitée où il pointe son doigt (on pense au film LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON) sur une planchette alphabétique. C’est ainsi que Roman et Ramòn ont pu «discuter» du projet cinématographique, que le premier a souhaité être raconté sans préjugés et que le second a su présenter un autiste comme une «personne totale».

On évoquait la patience inoxydable de l’éducateur. Il en fallait pour capter l’attention de Roman, toujours prêt à éluder les sujets qui gênent en prenant la tangente, et pour essayer de comprendre ce qu’il pense dans son for intérieur. Il en a fallu aussi au réalisateur pour capturer l’image d’un feu follet humain et pour essayer d’entrer dans son univers. A cet égard, les dernières images du film sont bouleversantes: on informe Roman du décès subit, survenu en son absence, de Xaver. Avec beaucoup de tact, la caméra, en gros plan sur le visage, révèle les états d’âme par lesquels passe le jeune homme, qui «dira» quelques commentaires sobres et émouvants manifestant sa capacité de compassion.

Pas de discours scientifique sur l’autisme mais, tout simplement, une rencontre entre et avec deux êtres humains; une rencontre qui nous interpelle sur notre relation avec l’autre.

Daniel Grivel

Appréciations

Nom Notes
Daniel Grivel 16