Chasse (La)

Affiche Chasse (La)
Réalisé par Thomas Vinterberg
Pays de production Danemark
Année 2012
Durée
Musique Nikolaj Egelund
Genre Drame
Distributeur agorafilms
Acteurs Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrom, Susse Wold
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 668
Bande annonce

Critique

Prix du Jury œcuménique au Festival de Cannes 2012

Le Jury œcuménique - composé de Charles Martig (Suisse), président, Kodjo Ayetan (Togo), Jean-Luc Gadreau (France), Bojidar Manov (Bulgarie), Marianne Smiley (Canada) et Magali Van Reeth (France) - a décerné son Prix au film LA CHASSE

"Une partie de chasse où le gibier est un homme bon, en proie à la méfiance et à la manipulation d’une communauté déchirée, à la recherche du pardon et de l’harmonie perdue. La mise en scène de Thomas Vinterberg, fondée sur la fiction, met en ligne de mire l’évolution du statut du père et de l’enfant. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent!"

Dans un patelin suédois, Lucas (remarquable Mads Mikkelsen), à 40 ans, sort d’un divorce difficile, son ex-femme refusant de le laisser voir leur fils Marcus plus souvent qu’il le désire. Cette ombre au tableau mise à part, il a une vie relativement heureuse, ponctuée par des foires partagées avec des copains d’enfance, chasseurs comme lui, et apprécie son travail au jardin d’enfants, l’école primaire où il était instituteur ayant été fermée.

Jusqu’au jour où Klara, la petite fille de son meilleur ami, laisse entendre à la directrice du jardin d’enfants qu’il lui a montré son zizi, raide comme une trique (elle n’a fait que reprendre une expression de son grand frère tout excité à l’idée de présenter un site porno à un pote). Ce mensonge inexplicable déclenche une épidémie d’allégations invraisemblables, tant de la part des enfants que des parents. La méfiance s’instille dans la communauté villageoise et l’hystérie collective prend des proportions démesurées. Lucas, renié par tous ou presque, va devoir se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

Vinterberg (on se souvient de son corrosif FESTEN) démonte minutieusement la machine infernale qui peut broyer un innocent et mène avec une grande maîtrise une réflexion exemplaire sur la confiance que l’on peut ou doit accorder à la parole d’un petit enfant. Toutes proportions gardées, c’est un peu une affaire d’Outreau, mais sur fond de bourgeoisie paisible et de Noël à la suédoise. On n’en sort pas indemne.

Daniel Grivel

 


 

L’information s’est emparée de la pédophilie et les dénonciations s’accumulent. Au risque d’entraîner une autre sorte d’abus. Thomas Vinterberg en fait une terrible démonstration.

Les abus sexuels commis sur les enfants sont tellement inacceptables que la société est en alerte. Longtemps, la pédophilie est restée cachée. Aujourd’hui, tout le monde en parle, au risque de déplacer l’injustice. La suspicion est facile, l’accusation prompte à surgir et la présomption d’innocence rapidement négligée. L’enfant a toujours raison. On voudrait dire que c’est tant mieux, sauf que cette raison est fragile et que les dégâts conséquents pourraient se révéler irréparables. C’est l’histoire, courageuse, que raconte LA CHASSE, faisant réfléchir sur ce vice de la société qu’est la calomnie et sur le bien-fondé des témoignages d’enfants.

Lucas (Mads Mikkelsen, remarquable) est instituteur dans une école maternelle. Récemment divorcé, il est en train d’obtenir la garde de son fils adolescent. La petite Klara (Annika Wedderkopp), fille de ses meilleurs amis, le sollicite souvent pour faire avec lui le chemin de la classe. Mais un jour la fillette lui attribue des propos troubles qu’elle a entendus ailleurs. Le mensonge s’écroule sur les épaules de Lucas et rien ne semble pouvoir le déjouer.

Thomas Vinterberg place les spectateurs du côté de Lucas: ils connaissent la vérité, savent que l’instituteur est innocent. Dans le film, face à eux et à Lucas, les parents de la fillette, les enseignants, les amis, les habitants de la bourgade ignorent ce qui s’est passé. Pour eux, comme le dit sa maman, «Klara ne ment pas». Ils vont donc baser sur ce point l’entier de leur acte d’accusation, tandis que le public assiste, impuissant, à une grave injustice.

Klara ne ment pas? Il faut donc l’encourager dans ses premières déclarations. Elle change d’avis, mais n’est-ce pas parce qu’elle a peur? «Klara, as-tu peur?» La réponse étant oui, nul ne cherche à savoir de quelle peur il s’agit. «Il est difficile de séparer la fiction de la réalité quand on est petit», rappelle le réalisateur. Ainsi, à force d’être «aidée» à avouer, Klara devient une victime d’un autre type que celle d’un abus sexuel. Elle est confortée dans son mensonge et se trouve déchirée entre la conscience d’avoir commis une bêtise et l’impossibilité de la réparer. Sa seule ressource est de tenter de faire ce qu’on attend d’elle.

Séquence après séquence, le film construit sa chasse aux sorcières, tandis que Lucas semble empêché de tous côtés de se défendre. Il est seul face à ses accusateurs, on ne voit pas la police qui mène l’enquête, ni l’avocat censé le défendre. «La pensée est un virus», note Vinterberg. Et c’est bel et bien comme un virus, extrêmement contagieux, que la culpabilité de l’instituteur devient la vérité aux yeux de tous.

Réalisé dans un souci de précision et d’économie, avec une esthétique pure, LA CHASSE est une démonstration terriblement efficace de la façon dont on peut désagréger une réputation. Rien n’y semble jamais terminé et, entre la double symbolique de la chasse au cerf et de la paix de Noël, le cinéaste danois mène son protagoniste jusqu’au bout de son calvaire.

LA CHASSE a obtenu le Prix du Jury œcuménique et le Prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes.

Geneviève Praplan

Ancien membre

Appréciations

Nom Notes
Geneviève Praplan 18
Geneviève Praplan 18
Daniel Grivel 17
Anne-Béatrice Schwab 19