Enfant d'en haut (L')

Affiche Enfant d'en haut (L')
Réalisé par Ursula Meier
Pays de production France, Suisse
Année 2012
Durée
Musique John Parish
Genre Drame
Distributeur filmcoopi
Acteurs Jean-François Stévenin, Gillian Anderson, Martin Compston, Kacey Mottet Klein, Léa Seydoux
Age légal 12 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 656
Bande annonce

Critique

La solitude et l’argent facile serrent les nœuds d’un film douloureux. Nouvelle réussite de la réalisatrice franco-suisse.

«Une écriture brillante, de la poésie et de l’intelligence», le film a «profondément ému les membres du Jury». Ainsi s’exprimait Mike Leigh, président dudit Jury, en remettant l’Ours d’argent du 62e Festival de Berlin à Ursula Meier. L’enfant d'en haut émeut, en effet. On pourrait, au premier regard, trouver que tel incident y est exagéré, qu’il y a de l’invraisemblance dans l’air. Ce point de vue ne résisterait pas à l’analyse: tout se tient, Ursula Meier garde ses cartes bien en main et les maîtrise jusqu’au dernier plan.

L’histoire est dure. C’est celle de Simon (le Kacey Mottet Klein de Home, 2008, premier long métrage d’Ursula Meier) et de Louise (Léa Seydoux), un frère et sa sœur adulte, sans parents, qui semblent abandonnés de tous. Louise est incapable de garder un emploi et court après les hommes. Du haut de ses 12 ans, Simon fait bouillir la marmite à sa manière. Voleur très organisé dans une station de ski, il revend les éléments d’équipements de ski dérobés aux riches touristes. Mais entre Louise et Simon, les relations se tendent de plus en plus, au fur et à mesure qu’augmente la dépendance de la première envers le second.

L’enfant d'en haut  explore le fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres, le luxe des stations de ski où triomphent le gaspillage et l’oisiveté, alors qu’en bas, dans la plaine, les usines émergent de la brume. Simon relie les deux altitudes et sait parfaitement jouer le rôle qui convient quand il rôde autour du restaurant de montagne. La caméra néglige le paysage et s’attache aux artifices du lieu: plans serrés sur les skieurs, mais aussi sur les saisonniers grâce à qui l’industrie des sports d’hiver peut fonctionner.

Et Simon ? A quoi riment ses larcins ? Jusqu’à quel point y trouve-il du plaisir ? Pourra-t-il longtemps encore transporter ses skis volés jusqu’en plaine? Pense-t-il à ce qu’il fera après l’hiver ? Tout le début du film est suspendu à ces questions. Puis, soudain, on comprend mieux le garçon lorsque le récit change d’orientation et, de social, se fait plus psychologique. Au détour d’une séquence qui n’a rien d’anodin, le geste d’une touriste mère de famille capté par Simon, et voilà le manque, la solitude qui se dessinent jusqu’à devenir l’axe du scénario.

Ainsi le deuxième film d’Ursula Meier finit-il par s’affirmer comme l’histoire d’une détresse, d’une misère morale presque sans recours. Ses deux personnages se situent à l’opposé, l’un passif, l’autre actif, une jeune fille démissionnaire face à un garçon très débrouillard. «Comme dans Home, explique la réalisatrice, je filme une famille en lutte contre le reste du monde, une entité qui a inventé son propre mode de fonctionnement, une règle du jeu tacite, tout en non-dit. Et c’est la parole qui, en une phrase, peut briser cet équilibre instable.»

Elle ne s’accorde pas de concession et résiste au mélodrame. Ses images sont naturalistes - celles de la station surtout - et rude son parti pris de lier Simon et Louise par l’argent. C’est là, pourtant, une réalité à laquelle la Suisse n’échappe pas. Une société dévouée de façon ostentatoire à la consommation engendre forcément des envies. Le frère et la sœur y répondent à leur manière; il n’est pas certain qu’ils pourront donner un autre sens à leur vie.

Geneviève Praplan

Appréciations

Nom Notes
Georges Blanc 12
Daniel Grivel 14
Geneviève Praplan 15
Anne-Béatrice Schwab 15