Insoupçonnable

Affiche Insoupçonnable
Réalisé par Gabriel Le Bomin
Pays de production France, Suisse
Année 2009
Durée
Musique Fabian Römer
Genre Thriller
Distributeur StudioCanal
Acteurs Charles Berling, Gregori Derangère, Dominique Reymond, Laura Smet, Marc-André Grondin
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 619
Bande annonce

Critique

Lise, une jeune entraîneuse (Laura Smet, coiffure à la Louise Brooks, excellente dans l’ambiguïté du rôle), épouse Henri (Charles Berling), riche commissaire-priseur d’âge mûr. A l’évidence, elle a une idée derrière la tête, celle de dépouiller rapidement son époux avec la complicité de Sam (Marc-André Grondin), qu’elle présente comme un (faux) frère, mais qui est son (vrai) amant. Interviendront beaucoup d’autres personnages: les parents, Claire - une première épouse disparue -, Clément (Grégori Derangère), le (vrai) frère et collaborateur d’Henri.

Après VERSO (CF n. 608), la ville de Genève est à nouveau sur le gril: la bourgeoisie du bout du lac est dans le collimateur du réalisateur français Gabriel Le Bomin. Selon lui, «Genève symbolise à la fois le rapport décomplexé et secret avec l’argent» (sic). Tous les protagonistes du film, on va le découvrir, vivent dans une société friquée où le luxe, les belles voitures, les clubs chics et les marchands d’art (ou d’armes) donnent le ton.

Coproduction franco-suisse (TSR et OFC), INSOUPÇONNABLE démarre tranquillement, avec le mariage de Lise et Henri, même si un certain malaise s’installe très vite, visible dans le double jeu de la jeune femme qui s’efforce de tirer les bonnes ficelles. Elégante et versatile, elle manifeste une volonté de «s’en sortir» sans lésiner sur les moyens, en y ajoutant le plaisir de faire payer à chacun ce qu’elle a dû supporter jusque-là. Les autres personnages ne sont d’ailleurs pas en reste: mensonges et trahisons, manipulations, volonté de nuire, bref, c’est la totale. Le spectateur a beau chercher, tout ce monde d’escrocs est peu sympathique.

Se greffent sur ce canevas d’autres pistes à suivre, brouillant les cartes et menant le quidam en bateau. Mais tous ces les retournements de situation, toutes ces surprises et quelques invraisemblances finiront par lasser: après tout, qu’ils règlent leurs affaires entre eux, peu importent les multiples coups de théâtre, il n’y a pas grand monde à sauver là-dedans.

Sans doute le cinéaste a-t-il voulu réaliser un «film noir», dans la tradition américaine, mais il n’y parvient pas. Hésitation entre un film «psy» et un thriller? Rythme de narration pas toujours très soutenu? Acteurs manquant de mordant? Musique trop présente, au détriment d’un silence préférable? L’écriture d’INSOUPÇONNABLE (regards portés sur les protagonistes, cadrages précis, décors évocateurs) n’est pas en cause, pas plus que la structure même du film (avec une chronologie légèrement chamboulée). Mais on aurait souhaité - ô paradoxe! - plus de froideur et de dureté dans le ton, plus d’âpreté dans les confrontations. Révéler, dans le dernier tiers du film, ce qu’on ignorait jusque-là, ne suffit pas à susciter l’adhésion (même tardive) du spectateur.

Note: 12

Antoine Rochat