Lola

Affiche Lola
Réalisé par Brillante Mendoza
Pays de production France, Philippines
Année 2009
Durée
Musique Teresa Barrozo
Genre Comédie dramatique
Distributeur Equation
Acteurs Anita Linda, Rustica Carpio, Tanya Gomez, Jhong Hilario, Ketchup Eusebio
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 611
Bande annonce

Critique

Le cinéaste philippin Brillante Mendoza a toujours divisé la critique. Il signe ici un mélodrame, une œuvre originale et maîtrisée, portrait croisé de deux «grands-mères» («lola» en langue philippine a ce sens-là): l’une retrouve son petit-fils à la morgue, tandis que l’autre rend visite au sien en prison, accusé d’avoir tué le précédent. Deux héroïnes du quotidien, deux battantes qui refusent de lâcher prise et qui, au prix de quelques compromissions, retrouveront l’élan vital indispensable à leurs familles. La caméra mobile de Mendoza sait capter l’indicible, en s’attachant de près à chaque personnage, en saisissant les plus petits détails avec une sobriété, une netteté et une délicatesse surprenantes (sortie du film annoncée en Suisse romande).



Antoine Rochat







Une lola, aux Philippines, c’est une grand-mère. Brillante Mendoza (qui a déjà marqué le public cannois avec SERBIS et KINATAY - voir CF nn. 570/1 et 592/3), en met deux en scène dans un drame qui, comme d’habitude chez lui, présente aussi un intérêt documentaire. Il a recouru à deux remarquables actrices professionnelles de 84 et 79 ans.

Lola Sepa (Anita Linda), accompagnée d’un arrière-petit-fils, se fraie avec peine un chemin dans un quartier populeux de Manille, pour déposer une bougie à l’endroit où son petit-fils est mort, poignardé par un voleur de téléphones mobiles, objets de toutes les convoitises. Puis elle va choisir un cercueil et négocier le coût des funérailles, dont elle n’a que les premiers sous. Elle entreprend la tournée des voisins pour recueillir leur contribution.

Lola Puring (Rustica Carpio), elle, est la grand-mère de Mateo (Ketchup Eusebio), le voleur assassin qui croupit en détention préventive. Elle se met en devoir de réunir l’argent nécessaire pour la caution permettant une libération provisoire en attendant le procès.

L’argent... Il est constamment présent - ou plutôt tragiquement absent - dans la vie des Philippins défavorisés survivant dans des quartiers inondés par la saison des pluies. Tous les moyens sont bons pour grappiller quelques billets, souvent raflés d’ailleurs par de plus misérables. Un système d’assistance sociale est en place, mais il est enlisé dans un marécage de tracasseries administratives où tout se paie ou fait l’objet de graissages de patte; la procédure judiciaire a une lenteur de tortue rhumatisante.

Le chemin des deux veuves se croise. Malgré les ressentiments et la détresse financière, les lolas vont tenter d’unir leurs efforts autour de leurs petits-fils, pour assurer à l’un des funérailles décentes et à l’autre son acquittement.

Un peu moins noir que KINATAY avec ses flics pourris, LOLA montre deux vieilles dames dignes qui, envers et contre l’adversité, les intempéries et la corruption, essaient de faire briller leur lumignon dans la lumière fuligineuse d’une mégapole grouillante et inhumaine où la loi de la jungle semble régner impunément.

Note: 15



Daniel Grivel

Ancien membre