Il Grande Sogno

Affiche Il Grande Sogno
Réalisé par Michele Placido
Pays de production Italie, France
Année 2008
Durée
Musique Nicola Piovani
Genre Comédie dramatique, Historique
Distributeur Rezo Films
Acteurs Laura Morante, Jasmine Trinca, Luca Argentero, Massimo Popolizio, Dajana Roncione
N° cinéfeuilles 605
Bande annonce

Critique

Entre théâtre et politique, le réalisateur italien met en l’écran ses souvenirs de la révolution estudiantine qui a secoué la bourgeoisie romaine en 1968.

Mai 68, ce n’était pas seulement Paris. A Rome aussi, l’Université s’est soulevée, revendiquant un mélange parfois confus de justice, d’égalité et d’antiaméricanisme. Michele Placido est né en 1946. Les révolutions estudiantines l’ont atteint alors que, né dans l’une des régions les plus pauvres de l’Italie, il était venu à Rome se convaincre de son talent d’acteur. C’est son histoire qu’il raconte ici, celle d’un garçon qui gagne sa vie en travaillant dans la police et qui n’a guère d’autres soucis que cette carrière de comédien dont il rêve.

Chargé par ses supérieurs d’infiltrer les étudiants qui occupent l’Université, Nicola (Riccardo Scamarcio) fait la connaissance de Laura (Jasmine Trinca). Celle-ci appartient à une famille de la bourgeoisie. Ses parents tiennent leur rang et brident leurs enfants qui s’émancipent en cachette. Nicola et Laura tombent amoureux au plus gros des émeutes. Mais si tout est clair pour la jeune fille, le garçon, lui, se trouve empêtré dans son rôle de traître. Attiré par les idées révolutionnaires qui bouleversent sa façon de voir, il n’arrive plus à convaincre.

Il y a de la nostalgie dans ce film qui secoue la poussière retombée sur une époque d’idéalismes. Le grand songe, le grand rêve… C’était le rejet du conformisme, la lutte contre la guerre au Vietnam, l’espoir de changer le monde, porté par toute une jeunesse confiante en la réalisation de sa volonté. Ce film «retrace une période de ma vie, précise le réalisateur, mais aussi de notre histoire, de cette Italie catholique et conservatrice qui se retrouvait avec ses fils cachant sous leur lit les mégaphones des manifestations, tandis que les familles se désagrégeaient…»

C’est dire que IL GRANDE SOGNO brosse un portrait riche qui circule de l’intime au général, le deuxième ne cessant de bouleverser le premier. Le microcosme de la famille s’offre ici comme le cocon protecteur d’une opinion qui préfère ne rien voir, ne rien savoir et continuer tout droit. Les jeunes brisent la coquille, tout les y pousse. Intéressant est le changement de cap de Nicola qui, lui, n’a d’autre base que le théâtre pour s’accrocher à la contestation. Peut-être Michele Placido aurait-il dû creuser davantage ses atermoiements, ce champ qui s’ouvre à la politique sous la stimulation de la poésie.

Portrait dense, filmage dense aussi, enlevé par le rythme brutal des manifestations. La mise en scène alterne la violence physique de la rue et la violence psychologique de la famille. Il n’y a pas de place pour la sérénité dans le montage serré, les plans décalés par rapport aux dialogues, les extraits d’archive. Mais l’ensemble est maîtrisé, serré dans les quelques mois qu’a duré l’aventure du «mai 68» romain. On ne voit pas IL GRANDE SOGNO sans penser à NOS MEILLEURES ANNEES (2003), le diptyque de Marco Tullio Giordana. Etalés dans le temps, englobant un large inventaire de personnages, il avait la partie plus facile. En resserrant son histoire, Michele Placido montre aussi la fulgurance d’une révolution qui, quarante ans plus tard, semble s’être évaporée sans laisser de traces.

Geneviève Praplan