Je suis heureux que ma mère soit vivante

Affiche Je suis heureux que ma mère soit vivante
Réalisé par Claude, Nathan Miller
Pays de production France
Année 2008
Durée
Musique Vincent Segal
Genre Drame
Distributeur Metropolitan FilmExport
Acteurs Vincent Rottiers, Yves Verhoeven, Christine Citti, Sophie Cattani, Maxime Renard
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 599
Bande annonce

Critique

Le titre à la première personne du singulier donne le ton du film: nous sommes en présence du récit intime d’une vie singulière, celle de Thomas (Vincent Rottiers, excellent), jeune homme au visage déjà marqué derrière lequel, au début du film, on voit défiler un «paysage» de cité de banlieue, hypermarchés, hôtels de chaîne bon marché, barres d’habitation, grisaille aux couleurs pâles.

Tout commence pourtant dans la lumière éclatante de Collioure, tant appréciée par les peintres du fauvisme. Une famille de Français moyens - père (Yves Verhoeven), mère (Christine Citti), deux petits garçons passent leurs vacances d’été à la mer. Pâtés de sable, crème solaire, baignades, scènes d’un bonheur ordinaire - et pourtant déjà un léger malaise s’installe. Thomas va nager avec son père et, plus rapide que lui, échappe à son regard en faisant la planche, d’où inquiétude et gronderie. On ne tarde pas à comprendre que les enfants ont été adoptés. L’aîné en est particulièrement perturbé, et cela se répercute sur son comportement scolaire, d’où placement dans un établissement spécialisé.

La vie en internat réveille de lointains souvenirs évoqués de loin en loin par des flash-back successifs permettant au spectateur de faire la connaissance de Julie (Sophie Cattani), la mère biologique des deux garçons, alors toute jeune femme immature et irresponsable qui, n’arrivant pas à faire face à ses obligations maternelles, confie (abandonne...) ses enfants à l’assistance.

Alors que François, trop petit à l’époque, n’a pas de problèmes avec ses parents adoptifs, Thomas, lui, est obsédé par ses origines. Son comportement ayant conduit son père à un état de prostration dépressive, il se concentre sur sa vraie mère et met tout en œuvre pour la retrouver; précocement mûr, il use de sa débrouillardise et de son charme pour convaincre une assistante sociale de lui confier illégalement son dossier. Le cheminement suivi par l’adolescent puis le jeune homme, à l’insu de sa famille d’adoption, est long et douloureux, et risque de se terminer comme une histoire d’amour déçu.

JE SUIS HEUREUX... est inspiré d’un fait divers authentique que le journaliste Emmanuel Carrère a «littérarisé» et qui avait d’ailleurs tenté Jacques Audiard. Claude Miller s’est entouré de son fils pour illustrer cette quête obstinée d’identité, qui va bien au-delà du documentaire pour atteindre une véritable création artistique. Les éclairages et les couleurs sont subtilement choisis. Le caractère central de la figure de la mère est souligné par l’importance des rôles féminins qui tous participent de la représentation maternelle, qu’il s’agisse de Julie, de la mère adoptive et de l’assistante sociale, les hommes étant plutôt relégués à l’arrière-plan (le père anéanti, le patron de Thomas incarnant une autorité sans états d’âme. L’enfance est finement observée; on n’oubliera pas le petit Thomas enregistrant le visage de sa mère au travers de son pouce et de son index arrondis comme un objectif braqué par un cinéaste, et on ne peut s’empêcher de penser au garçonnet du court métrage réalisé par Henry Brandt pour l’Expo 64 («C’est ça, la vie?») Même la scène du procès final, bouleversante, évite les poncifs habituels aux films étasuniens. Enfin, le film est servi par un montage au rasoir ainsi qu’une interprétation de premier ordre. Un Claude Miller de grande cuvée.

Daniel Grivel