Un prophète

Affiche Un prophète
Réalisé par Jacques Audiard
Pays de production France, Italie
Année 2009
Durée
Musique Alexandre Desplat
Genre Policier, Drame
Distributeur inconnu
Acteurs Niels Arestrup, Tahar Rahim, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb
Age légal 14 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 592
Bande annonce

Critique

On connaît la formule «Des jeunes y entrent, des fauves en sortent». Malik El-Djebena, 19 ans (surprenant Tahar Rahim), incarcéré pour six ans, est amené à tuer un détenu pour se gagner la protection d’un parrain corse (Niels Arestrup) et des siens. Le ton est donné. Le temps passé en prison sera pour un homme intelligent et rusé celui d’un apprentissage fort utile en vue de prendre le pouvoir une fois dehors. Ainsi Malik est-il rendu capable de comprendre aussi bien les Corses que les Nord-Africains et - contre toute attente - de jouer finalement à son avantage les uns contre les autres. L’univers carcéral est glacial: tout n’est que rapport de force, jeux de pouvoirs, corruptions et trafics.

La justice et son exercice, la peine et son caractère éducatif semblent bien loin. A cet égard, même si ce portrait d’un détenu et de son environnement, véritable descente aux enfers, paraît apolitique, il est néanmoins engagé par les très fortes questions, voire les très vives critiques qu’il porte à ce système. Dureté, violence, saleté sont au rendez-vous de ce film qui, en raison de sa mise en scène, n’est pas un documentaire, mais véritablement une œuvre de fiction dérangeante.

Serge Molla


Projeté lors du dernier Festival de Cannes, Un Prophète avait fait l’unanimité de la presse française. Le film de Jacques Audiard est certes un long métrage de qualité, interprété par d’excellents acteurs, mais on peut faire bien des réserves sur cette œuvre qui a obtenu le Grand Prix du Jury.

Un Prophète est à la fois un film de prison, un film de gangsters et l’histoire d’un jeune homme, Malik El Djebena (Tahar Rahim), 19 ans, incarcéré pour six ans parce qu’il a attaqué un policier à l’arme blanche. Sans amis, sans famille, illettré (il a quitté l’école à 11 ans), mélange trouble de candeur et de détermination, il sera contraint - pour pouvoir bénéficier de la protection de César Luciani (Niels Arestrup), parrain des prisonniers corses qui font régner l’ordre (?) dans le pénitencier - d’assassiner un taulard. Par la suite et avec le temps, Malik parviendra à s’occuper de ses propres affaires, profitant des quelques permissions qui lui sont accordées pour mettre en place un réseau personnel de trafiquants de drogue. Lorsqu’il sortira de taule, ce sera lui le cerveau et le chef d’une bande de truands.

Un Prophète est un film de prison, oppressant et violent, qui ne cache rien des dérives du système carcéral, de la corruption qui règne dans l’établissement et des affrontements sanglants opposant bandes et clans organisés. Ce sont les Corses qui font la loi, mais le cinéaste montre clairement qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils vont être bientôt remplacés par les Nord-Africains. Malik l’a bien compris, et il saura quitter les premiers pour les seconds.

L’interprétation des acteurs est dans l’ensemble remarquable, tout particulièrement celle de Niels Arestrup, fascinant parrain corse intransigeant et sans scrupules, et celle - surtout - de Tahar Rahim incarnant avec subtilité les mutations d’un personnage qui, au départ, semble perdu et sans défense, mais qui deviendra un caïd impitoyable et sans peur. Un métier qu’il aura appris en prison.

Un Prophète est enfin un film de genre, un film de gangsters, un film sur la criminalité, et c’est là qu’on manifestera quelques réserves. Autant la mise en scène est proche de la perfection (s’appuyant sur des décors pesants et sombres, sur des images incertaines, comme éclairées par une torche), autant cette histoire à rallonges finit par lasser un spectateur qui a vite pris acte de l’évolution des choses. Une histoire construite en une série de chapitres s’enchaînant au fil du temps et donnant sans doute l’occasion de faire connaissance avec une belle galerie d’autres crapules, mais sans plus. Un taulard avait dit un jour à Malik qu’il espérait «sortir de taule un peu moins con qu’en y entrant»… Malik, personnage central et triste antihéros, choisira la trajectoire inverse, préparant sa (future) carrière de truand.

Film sur une institution carcérale qui donne l’impression d’entretenir la criminalité et d’échouer dans ses tentatives de réinsertion sociale, Un Prophète est un tableau cru, amer et assez noir qui ne renvoie qu’épisodiquement et de façon floue au fonctionnement d’une société (française en l’occurrence). Est-ce là un tableau des effets de ce que l’on appelle la «tolérance zéro»? Jacques Audiard ne va pas jusque-là, se bornant à réaliser un film noir, tendu, souvent difficilement soutenable dans son ultra-réalisme et sa violence sanglante, un long métrage bien mené sans doute, qui fait peur, mais c’est tout. Un signe d’humanité ou un geste de tendresse là-dedans? Ne cherchez pas.

Antoine Rochat

Antoine Rochat