Whatever works

Affiche Whatever works
Réalisé par Woody Allen
Pays de production U.S.A., France
Année 2009
Durée
Genre Comédie, Romance
Distributeur Mars Distribution
Acteurs Patricia Clarkson, Ed Begley Jr., Evan Rachel Wood, Larry David, Henry Cavill
Age légal 10 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 596
Bande annonce

Critique

MATCHPOINT, SCOOP, LE RÊVE DE CASSANDRE, VICKY CRISTINA BARCELONA: les derniers titres de la quarantaine d’œuvres du «plus européen des cinéastes étasuniens» évoluaient dans des registres plutôt sombres. Avec WHATEVER WORKS, c’est le retour au bon vieux Woody d’antan. Il faut dire que le scénario date des années 70 et avait été prévu pour Zero Mostel - décédé en 1977.

On retrouve donc, à travers le regard du fringant septuagénaire, un New York un peu déjanté et une galerie de personnages pittoresques. Le «héros» est Boris Yelnikoff (Larry David, excellent), savant spécialiste de la physique quantique. D’entrée de jeu, il se présente, s’adressant directement au spectateur, en crevant donc l’écran à la manière de Jeff Daniels dans LA ROSE POURPRE DU CAIRE... Il est entouré de quelques copains qui tiennent lieu de chœur antique. Il nous raconte comment, après avoir raté son mariage, son Prix Nobel et son suicide, il a quitté sa luxueuse résidence pour un duplex qui en est la réplique miteuse, avec le même escalier de bois menant à la galerie. Misanthrope avéré, il assaisonne son entourage et ses propos d’un sel corrosif.

Survient une jeune paumée, Melody (Evan Rachel Wood, ex-égérie de Marylin Manson et révélation dans THE WRESTLER), ravissante gourdichette dont le père a abandonné sa mère pour la meilleure amie de celle-ci. A son corps défendant, Boris l’héberge pour quelques jours, qui se multiplient et aboutissent (contre toute attente? Woody Allen ne dédaigne pas lui-même des compagnes sensiblement plus jeunes...) à un mariage où la carpe et le lapin coexistent harmonieusement.

L’arrivée de Marietta (pétulante Patricia Clarkson), mère de Melody, va chambouler la vie du couple. Bigote républicaine, elle se mue en artiste, coqueluche du public branché, et découvre les joies du «ménage à trois» (en français dans le texte, ce qui fera dire à son mari que c’est encore un coup des mangeurs de grenouilles...) Elle intrigue pour faire rencontrer à sa fille un soupirant de son âge. On ne dévoilera pas la suite et la fin du film qui, avec ses dialogues scintillants, tient plutôt du théâtre filmé et ne manque pas d’ailleurs de coups du même tonneau...

Les esprits chagrins regretteront peut-être que Woody Allen retombe en jeunesse - mais, par les temps moroses qui courent, il fait bon voir une comédie bien troussée, spirituelle et sans vulgarité, qui rappelle un peu MY FAIR LADY avec son Pygmalion vieillissant et son Eliza Doolittle, pas si idiote que ça, qui confesse avoir grandi grâce à lui et qui explique à son misanthrope de mari que les gens ne sont mauvais, mais qu’ils ont simplement peur. Ce qui n’empêchera pas Boris de tempêter contre la bêtise humaine, qui va jusqu’à produire des toilettes automatisées, les usagers étant incapables de tirer la chasse...

Une fois encore, même s’il le fait parfois de manière un peu verbeuse, Woody Allen montre qu’il sait bien raconter des histoires. Que demander de plus? Comme le dit le titre, si on le traduit en français: tant que ça marche...

Daniel Grivel