Antichrist

Affiche Antichrist
Réalisé par Lars von Trier
Pays de production Italie, Pologne, Allemagne, France, Danemark, Suède
Année 2009
Durée
Musique Kristian Eidnes Andersen
Genre Thriller, Drame, Epouvante-horreur
Distributeur elitefilms
Acteurs Willem Dafoe, Charlotte Gainsbourg, Storm Acheche Sahlstrøm
Age légal 18 ans
Age suggéré 18 ans
N° cinéfeuilles 592
Bande annonce

Critique

Le titre et l’affiche déjà exhalaient des parfums sulfureux, la personnalité torturée du réalisateur y ajoutant des notes complexes. Il est vrai que l’on assiste à un huis clos de plus en plus oppressant entre une femme déchirée par le deuil ainsi que d’autres tensions encore plus profondes et son mari, psychothérapeute accroché au rationnel.

L’ouverture (au sens de l’opéra) donne à voir, sur fond d’une aria fameuse de Haendel et filmée par une caméra permettant des ralentis extrêmes, la copulation du couple, inattentif à l’escapade de son garçonnet conclue par une chute mortelle dans la cour. Pour se remettre et contre toute déontologie, le couple va s’isoler dans un chalet perdu en pleine forêt, où le thérapeute tentera de libérer sa femme de ses peurs primales - mais, comme dans Délivrance de Boorman, la nature et les pulsions sont impitoyables. Des scènes violentes, sanglantes, insoutenables se succèdent - mais, comme disait le marquis de Sade, tout ce qui est excessif est insignifiant...

A le lire, Lars von Trier aurait écrit son film au sortir d’une grave dépression. On peut lui souhaiter que cette psychanalyse d’une hystérique lui aura fait du bien, mais le spectateur peut se passer de prendre connaissance de ce pensum qui semble interminable au long de son heure trois quarts, malgré une photographie superbe et une Charlotte Gainsbourg dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle paie de sa personne...

Daniel Grivel


Un film éprouvant, où le deuil, l’amour et la sexualité invitent à une descente aux enfers.

Un couple anonyme, déjà en difficulté, va tenter de reprendre souffle après la mort accidentelle de leur enfant, tombé par la fenêtre de leur appartement, et se retire pour cela à «Eden», chalet situé en pleine forêt. Ce scénario tient en quelques mots, mais sa mise en œuvre laisse bien des pistes ouvertes.

Deux parties d’inégale longueur structurent la réalisation. La première, en noir et blanc, montre explicitement le couple faisant l’amour, scène à laquelle assiste brièvement l’enfant, curieusement sorti de son parc. C’est le soir; dehors, il neige, ce qui invite le gosse à éprouver la légèreté des flocons. Le drame conclut ce long prologue magnifiquement filmé et accompagné par une aria de Haendel.

La seconde partie, en couleurs, après le service funèbre, se décline en trois chapitres/stations desquelles la parole, l’écoute et la vue s’absentent. Dans un espace où le couple s’affronte autour de son deuil, inutile de dire que la culpabilité rôde. Plus le couple s’enfonce dans la forêt pour rejoindre le chalet «édénique», plus le climat s’alourdit et plus l’angoisse augmente. La nature elle-même annonce qu’ils ont moins mis de la distance avec l’horreur (la mort brutale de leur enfant) qu’ils ne vont la retrouver en eux-mêmes et sur le propre visage de leur conjoint.

Elle (troublante Charlotte Gainsbourg, Prix d’interprétation féminine) retourne peu à peu la douleur indicible et insupportable qui l’habite contre son mari (Willem Dafoe), psychothérapeute qui commet l’erreur de vouloir lui-même la soigner. La violence monte jusqu’à devenir insoutenable, tant psychologiquement que physiquement. La femme ira jusqu’à crucifier son mari en lui fixant à la jambe une pierre de meule et en lui écrasant les parties génitales avant de s’automutiler intimement. Lui, survivant, finira par l’étouffer, avant que dans une forêt fantastique, qui auparavant suscitait les délires sexuels de l’endeuillée, l’homme ne ressuscite et ne soit entouré de nouvelles femmes sans visage.

Alors, que retenir de ce film éprouvant dans lequel la femme paraît porter toute la culpabilité qui ne peut conduire qu’à sa mort? Comment lire les allusions bibliques au récit fondateur de la Genèse, que d’aucuns méditent comme le récit d’un péché originel, lié à la sexualité et cause de tous les malheurs, exemplarisés ici par la mort de l’enfant suite à la scène intime de ses parents? Comment comprendre que le titre, allusif à l’œuvre de Nietzsche, comporte en lieu et place du «t» le symbole féminin universel? Les questions s’enchaînent, alors que la place réservée à la figure féminine, sacrificielle, inquiète et dérange.

Ce film «est celui qui se rapproche le plus d’un cri», avoue Lars von Trier qui, sans nul doute, sait tenir une caméra. Mais ici, au sortir d’une profonde dépression, qu’a-t-il voulu transmettre, au-delà de la terrible souffrance d’un couple, et du couplage des scènes susceptibles de choquer?

Serge Molla


P.S.: «Ce film aurait mérité un antiprix», déclara le président du Jury œcuménique, en jouant avec humour la relation antiprix-antichrist. L’humour prêta hélas à confusion, faisant croire que ledit Jury voulait revenir à quelque politique de censure. Alors que cela n’a jamais été son but ni même son souhait.

Ancien membre

Appréciations

Nom Notes
Daniel Grivel 2
Serge Molla 8
Anne-Béatrice Schwab 2