Vague (La)

Affiche Vague (La)
Réalisé par Dennis Gansel
Pays de production Allemagne
Année 2008
Durée
Musique Heiko Maile
Genre Drame
Distributeur Bac Films
Acteurs Jürgen Vogel, Frederick Lau, Max Riemelt, Jennifer Ulrich, Christiane Paul
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 583
Bande annonce (Allociné)

Critique

Un maître de lycée propose à ses élèves de leur montrer comment naît un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôles aux conséquences imprévues et tragiques. A partir d’une histoire vraie, le cinéaste allemand Dennis Gansel réalise un film qui se présente comme une fable politique intéressante, sans être toujours convaincante.

En 1967, Ron Jones, maître d’histoire d’un lycée californien, donne un cours sur le nazisme. Il est interrompu par un élève qui lui demande comment le peuple allemand a pu adhérer à une telle idéologie. Perplexe, Jones décide de tenter, quelques jours plus tard, une expérience originale: essayer d’instaurer en classe un régime de stricte discipline, restreignant la liberté de chacun. A sa grande surprise les élèves réagissent plutôt bien à la contrainte imposée: la majorité d’entre eux se transforme en une masse docile et obéissante. L’expérience, qui ne devait durer qu’une seule journée, va se poursuivre pendant cinq jours, mais les membres du groupe en viendront assez rapidement à se méfier les uns des autres, à s’espionner. Les réfractaires seront victimes d’ostracisme et parfois même passés à tabac. Prenant alors conscience de la dérive du mouvement, Ron Jones mettra un terme à l’opération.

C’est cette histoire (vraie) qui a inspiré un écrivain allemand, Todd Strasser. Son roman (Die Welle), devenu depuis 20 ans un classique de la littérature de jeunesse de son pays, sera adapté pour l’écran en 2007 par son compatriote et cinéaste Dennis Gansel, qui décidera d’en modifier partiellement l’épilogue en le dramatisant: le dernier jour, la violence éclate entre partisans et adversaires du mouvement, lors d’un match de water-polo. Rainer Wenger (Jürgen Vogel, excellent dans son rôle de maître un peu démagogue), tente de stopper l’expérience, mais il intervient trop tard: la «vague» est désormais incontrôlable.

Le film, qui a connu un très grand succès en Allemagne (plus de 2 millions de spectateurs), part d’une excellente et louable intention, celle de mettre en évidence le processus de la naissance d’une forme d’autocratie et de totalitarisme. Le cinéaste ne se fait pas faute de glisser dans son récit des allusions très claires aux événements des années 1930-45: création d’uniformes destinés à la jeunesse, apparition des tracts antinazis déposés dans l’école et traque de leurs auteurs, mise en place d’un «salut» (qui en rappelle un autre…), manifestations sportives fortement teintées de nationalisme.

La description de cette mise en place d’un système totalitaire, d’un fascisme ordinaire, est faite avec précision. Elle renvoie tantôt à l’Histoire, tantôt à l’actualité contemporaine. D’où viennent pourtant les réserves que l’on peut éprouver à l’égard du film? Sans doute du fait que les différentes étapes aboutissant à la dérive finale sont prévisibles et que le scénario garde dès lors un côté assez convenu. La démonstration perd de sa force, et l’aveuglement de l’enseignant - qui se présentait au départ comme un homme de gauche - paraît peu compréhensible. Comment expliquer qu’il n’ait pas pris meilleure conscience de ce qu’il faisait, qu’il n’ait pas décelé qu’il ne contrôlait plus rien? De leur côté, les élèves ne sont pas toujours crédibles non plus dans leur docile servitude à leur maître - qui abuse de son aura, il est vrai -, alors même qu’ils viennent d’exprimer haut et fort qu’ils en avaient marre qu’on leur rabâche toujours et encore l’histoire du nazisme…

«Je crois vraiment, dit le réalisateur Dennis Gansel, qu’une telle expérience pourrait fonctionner n’importe où. En particulier dans le cadre de l’institution scolaire. On sait bien comment se hiérarchisent les relations entre les élèves, avec au sommet les plus populaires, qui ont un rôle de leaders, et une quantité d’élèves plus timides, qui n’arrivent pas à se distinguer. Je suis convaincu que si vous vous emparez d’un système comme celui-ci et que vous le retournez d’un coup, une telle expérience fonctionnerait à nouveau!»

On souhaite bien évidemment qu’il ait tort.

Antoine Rochat