Bande à Baader (La)

Affiche Bande à Baader (La)
Réalisé par Uli Edel
Titre original Der Baader-Meinhof Komplex
Pays de production Allemagne
Année 2008
Durée
Musique Peter Hinderthür, Florian Tessloff
Genre Drame
Distributeur pathefilms
Acteurs Bruno Ganz, Moritz Bleibtreu, Alexandra Maria Lara, Martina Gedeck, Hannah Herzsprung
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 579
Bande annonce

Critique

La bande à Baader, la Rote Armee Fraktion… des noms qui renvoient aux années de plomb de la RFA. Adapté du livre éponyme de Stefan Aust, Der Baader-Meinhof Komplex est un long film de fiction qui traverse tous les événements de la décennie, depuis les premières manifestations de 1967 jusqu’à la mort des principaux responsables de la RAF, en octobre 1977. Avec un accent mis prioritairement sur la vie et les actions des membres du groupe, le film ne s’attachant que secondairement à montrer comment a pu naître, se développer et se radicaliser pour finir la Rote Armee Fraktion.

Dès la fin des années 60, l’Allemagne est en proie à une série ininterrompue d’attentats à la bombe, de cambriolages, de braquages de banques, d’incendies volontaires: la menace terroriste s’installe, l’existence d’un ennemi intérieur trouble violemment l’ordre politique établi et ébranle les fondements mêmes de la démocratie allemande. Rudi Dutschke prononce des discours contre la guerre du Vietnam devant des milliers d’étudiants, tandis qu’Andreas Baader et Gudrun Ensslin mettent le feu à des grands magasins de Francfort. Ils seront arrêtés et Dutschke, blessé par un extrémiste de droite, disparaîtra presque totalement de la scène politique.

Le film relate de façon systématique tous les événements qui suivront: le procès des incendiaires et leur disparition dans la clandestinité, la rencontre d’Ulrike Meinhof - l’intellectuelle du groupe - et la création de la Rote Armee Fraktion (RAF), l’entraînement des activistes dans un camp (El Fatah) en Jordanie, les attaques meurtrières et les attentats à la voiture piégée (visant le Q.G. européen de l’armée américaine), la mise en place des grandes opérations de police qui aboutiront à l’arrestation (entre 1972 et 1974) des principaux chefs de la RAF. Ceux-ci seront incarcérés à Stammheim, leur procès s’ouvrira en 1975 et ils seront condamnés à la détention perpétuelle en 1977. Mais les actes terroristes - mis en place par d’autres mouvements alternatifs comme Matin rouge ou la Far - se poursuivront pendant toute cette période (enlèvements et assassinats de banquiers, de magistrats, de l’industriel Schleyer) et bien au-delà d’ailleurs (mais le film n’en parle pas), jusqu’à la fin des années 80. Au lendemain de l’échec du détournement d’un avion de la Lufthansa (dernière tentative, en octobre 77, d’obtenir la libération des prisonniers de Stammheim), on retrouvera Baader et ses camarades de la RAF morts dans leurs cellules.

Tous ces événements, tournés sur les lieux réels, s’enchaînent intelligemment les uns aux autres, dans l’ordre chronologique. De façon parfaitement adéquate, le réalisateur et coscénariste allemand Uli Edel a réussi à insérer dans cette longue suite de faits divers souvent très violents, quelques documents d’archives intéressants.

Mais La Bande à Baader, il faut le préciser, n’a rien d’un documentaire: il s’agit d’un vrai film de fiction, réaliste, très bien documenté, s’appuyant sur des textes qui ont été conservés (en particulier certains journaux intimes), sur les rapports des témoins, sur les procès-verbaux des tribunaux. Adaptation du livre du journaliste Stefan Aust, le film n’est ni un procès à charge, ni une prise de position en faveur de la RAF.

Le film de Uli Edel - et c’est là ses limites - ne parvient pas toujours à mettre en évidence ce qui serait susceptible d’expliquer la naissance de ce mouvement révolutionnaire, l’origine même de son idéologie, les raisons de son développement en Allemagne, de sa radicalisation progressive, de sa dérive finale. Tout cela est trop succinctement évoqué: il ne suffit pas de parler de la libération des mœurs de la fin des années 60, du désir de liberté politique et sociale, de la guerre au Vietnam, pour expliquer l’existence de ce mouvement. L’évocation de la situation politique, économique et sociale de l’Allemagne est succincte, tout comme celle de l’anticommunisme et de l’antiaméricanisme de l’époque, ou de la guerre déclarée par certains à la société de consommation. Le film se borne à présenter des faits, sans éviter parfois une certaine complaisance dans la violence, sans que l’on puisse comprendre ce qui a amené les membres de la bande à Baader à un terrorisme si radical. Seuls les personnages d’Ulrike Meinhof (Martina Gedeck) et de Horst Herold (Bruno Ganz) - président de l’Agence fédérale d’investigation criminelle - permettent d’amorcer un début de réflexion dans ce sens.

On aurait toutefois souhaité une approche moins émotionnelle, plus explicite - mais il eût fallu sans doute insérer des dialogues importants -, permettant de mettre aussi en perspective - pourquoi pas? - ce qui s’est passé il y a trente ans avec certaines composantes du terrorisme actuel.

On doit reconnaître à ce film d’évidentes qualités formelles et une direction d’acteurs très remarquable. Les comédiens se sont imprégnés de leurs modèles et sont parfaitement crédibles. La Bande à Baader est ainsi une chronique fouillée, fidèle aux événements, utile sans doute en tant que rappel historique des «années de plomb» et qui, par le rythme de sa narration, par ses ruptures et sa relance constantes, reste - pendant les deux heures et demie de sa projection - d’un intérêt constant.

Antoine Rochat

Appréciations

Nom Notes
Serge Molla 14
Daniel Grivel 13
Serge Molla 13
Geneviève Praplan 18
Anne-Béatrice Schwab 17