Critique
1936, c’est le triomphe des ouvriers français à qui Léon Blum offre les premiers congés payés. Mais pour Pigoil (Gérard Jugnot), régisseur d’un music-hall en faillite, le présent est sombre. Comme ses anciens collègues, il est au chômage. A son insu, son fils joue de l’accordéon dans la rue pour payer le crédit de l’épicerie. Jusqu’au jour où il décide, avec ses amis, d’occuper le théâtre et de lui redonner vie.
Christophe Barratier raconte «une histoire universelle dans laquelle chacun pourrait se reconnaître sans avoir besoin de reconnaître l’époque». Les ouvriers au chômage, le promoteur véreux, les profiteurs sont, en effet, des caractères sans âge, ni nationalité. Mais le Front populaire et la sympathie secrète pour le nazisme sont des courants bien datés, eux; cette contradiction fait boiter le film. Le fait boiter aussi l’absence de parti pris: de quoi parle-t-on, de la reconquête du cabaret, de la relation du jeune couple, de celle du père et de son fils?
Sympathique et plein de bonne volonté, FAUBOURG 36 est attachant. Mais, alors que son humour est trop discret, il joue le misérabilisme: spectacle navrant, alcoolisme du père. Cela ne peut pas prendre. On se souvient d’un film proche, MADAME HENDERSON PRESENTE, de Stephen Frears (2006): La même problématique, presque la même époque, mais quelle différence de classe!
Geneviève Praplan