Vicky Cristina Barcelona

Affiche Vicky Cristina Barcelona
Réalisé par Woody Allen
Pays de production U.S.A.
Année 2008
Durée
Genre Romance, Comédie, Drame
Distributeur Warner Bros. France
Acteurs Penélope Cruz, Scarlett Johansson, Patricia Clarkson, Javier Bardem, Rebecca Hall
Age légal 12 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 570
Bande annonce

Critique

Après Balle de match  et Le rêve de Cassandre, Woody Allen passe à un registre moins grave, mais pas moins sérieux. Il s’intéresse à deux jeunes Etasuniennes venues passer l’été à Barcelone: Vicky (Rebecca Hall), responsable et sur le point de se marier avec un garçon bien sous tous rapports, et Cristina (Scarlett Johansson), plus évaporée. Les jouvencelles font la connaissance d’un peintre haut en couleur, Juan Antonio (Javier Bardem, impeccable), resté attaché à son ex-femme Maria Elena (Penélope Cruz, délicieusement «abrilienne») mais ouvert au marivaudage un peu poussé...

Le mode est léger, mais le propos n’est pas vide - moins en tout cas que l’esprit de certains Etasuniens ne voyant la vieille Europe qu’à travers des clichés stéréotypés, clichés que Woody Allen reprend pour mieux les sublimer. Plus que des étincelles, le choc de deux cultures donnent un feu d’artifice. Les dialogues sont pétillants, les situations parfois croustilleuses, la comédie bien troussée. Il y a de l’humour, de la romance, de beaux paysages, des décors cossus, une musique agréable: que demande le peuple?



Daniel Grivel





Avec ses nouvelles aventures en Europe, Woody Allen partage une œuvre joyeuse, drôle et efficace.

Portrait de femmes, portraits d’Etasuniens… Woddy Allen les brosse avec la légèreté d’un papillon lumineux, mais fugace. Les femmes, des New-Yorkaises, sont celles du titre du film. Vicky (Rebecca Hall), très sage fiancée, s’installe à Barcelone pour l’été; elle y terminera une thèse sur l’Espagne. Sa meilleure amie l’accompagne, Cristina (Scarlett Johansson), qui dit chercher son identité artistique, mais ne semble pas plus au clair sur ses choix existentiels. Elles sont très vite remarquées par Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre à la mode, divorcé d’une femme névrosée (Penélope Cruz).

Woody Allen se retrouve dans le registre amoureux, tricotant des relations complexes qui mettent les caractères en évidence. Son œil à la fois tendre et ironique observe à distance les contradictions féminines: l’envie de goûter à tous les aspects de la vie qui demande de prendre des risques et peut mener à la souffrance, comme chez Cristina. Le besoin de sécurité qui exige une organisation stricte et conduit à une existence terne, comme chez Vicky.

L’homme honnête et direct qu’est Juan Antonio sert de révélateur à ces deux femmes. Il est artiste, ce qui sous-entend la bohème. Mais il a les pieds sur terre, ce qui l’aide à se connaître et à cerner les caractères des autres. L’arrivée inopinée de l’épouse névrosée va établir un nouvel équilibre. Mais jusqu’à quand? Car dans la vie tout change tout le temps, rien n’est aussi programmé, ni décisif, que Vicky veut le croire. Ces aventures sont très habilement racontées en voix off. «Cela m’évitait quantité de scènes d’exposition ennuyeuses et me permettait de faire avancer librement l’histoire à un rythme soutenu dans plusieurs directions», explique le réalisateur.

Une autre de ces directions, que le New-Yorkais, mal aimé de ses compatriotes, explore depuis des années, est le fossé atlantique… D’un côté, le culte matérialiste, la maison, la piscine et l’art, le tout vu sous l’angle pécuniaire. Ainsi ces Etasuniens, qui se retrouvent avec tant de plaisir à Barcelone, n’ont-ils guère d’autres sujets de conversation que celui de leur bien-être et de leurs amours. Woody Allen, lui, s’est laissé séduire par l’Espagne et entraîne à sa suite le personnage délicieusement fruité de Cristina. On le sent à chaque plan. Les ruelles, les façades, les paysages, les petits restaurants et même les œuvres de Gaudi, les lumières qui les enveloppent sont vues par un regard qui n’a rien du touriste, mais tout du connaisseur et de l’amoureux de la vie.

Si bien que VICKY CRISTINA BARCELONA, s’il n’est pas l’œuvre la plus magistrale du «plus Européen des Américains», partage une atmosphère savoureuse où l’art de vivre trouve toute sa place.



Geneviève Praplan

Ancien membre