Valse avec Bachir

Affiche Valse avec Bachir
Réalisé par Ari Folman
Pays de production Israël, France, Allemagne, U.S.A., Finlande, Suisse, Belgique, Australie
Année 2008
Durée
Musique Max Richter
Genre Animation, Documentaire
Distributeur Le Pacte
Acteurs Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag, Shmuel Frenkel, Zahava Solomon
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 570
Bande annonce

Critique

Dans le même esprit que Persepolis , mais avec moins de bonheur esthétique, Valse avec Bachir est un film d’animation autobiographique. Le réalisateur, tourmenté par un cauchemar récurrent où il est pourchassé par une meute de 26 chiens déchaînés, consulte un ami psychanalyste. C’est que, pendant son service militaire, incapable de tirer sur des êtres humains, il a été chargé par son chef d’éliminer les chiens (il en a tué 26) risquant d’alerter les Palestiniens lorsque les commandos israéliens s’approchent nuitamment des villages pour les attaquer. En vue de conjurer son passé, le réalisateur a interviewé des compagnons d’armes, a conservé le son des entretiens et remplacé la vidéo par des images animées (assez pauvrement au demeurant), qui rendent certaines scènes plus supportables. Il apporte son point de vue sur les massacres de Sabra et Chatila, qu’il impute aux milices chrétiennes libanaises de Béchir Gemayel, l’armée israélienne se contentant d’intervenir à partir du moment où les massacres vont trop loin, s’étendant à des civils innocents.

Reste un film plutôt verbeux, exprimant le malaise de jeunes soldats mobilisés à contrecœur dans une guerre contre un ennemi insaisissable. Au bout du compte, ce sont les images finales, tirées d’archives filmées montrant les victimes involontaires du massacre, qui sont les plus fortes.

Daniel Grivel


Retour sur les tragiques événements de la guerre du Liban de 1982, Valse avec Bachir  est un documentaire très personnel, inattendu, conçu sous la forme d’un film d’animation. Une enquête au fond de soi-même, un travail d’artiste, un long métrage qui est une réussite.

En 1982, le futur cinéaste Ari Folman a 19 ans. Il fait son service militaire et est envoyé sur le front de la guerre du Liban. En septembre de cette même année, 3’000 réfugiés palestiniens sont massacrés dans les camps de Sabra et Chatila par la milice chrétienne des «phalangistes». L’armée israélienne, postée aux abords des camps, n’intervient pas et se contente de lâcher des fusées éclairantes... Pour Ari, c’est un traumatisme qu’il enfouit au plus profond de lui-même.

Jusqu’au jour où, 25 ans plus tard, interpellé par un ami, il décide d’aller fouiller dans sa mémoire, dans une démarche qui ressemble fort à une thérapie personnelle: «Le film retrace, dit-il, ce qui s’est passé en moi à partir du jour où j’ai réalisé que certaines parties de ma vie s’étaient complètement effacées de ma mémoire. Les quatre années pendant lesquelles j’ai travaillé sur Valse avec Bachir ont provoqué en moi un violent bouleversement psychologique. (…) La quête de ces souvenirs cachés a été une forme de thérapie qui a duré aussi longtemps que la production du film.»

Valse avec Bachir  - allusion à Bachir Gemayel, chef des forces phalangistes libanaises - est un documentaire conçu comme un film d’animation, mais de tonalité grave. La forme choisie par le cinéaste pourrait surprendre: évitant ainsi le documentaire ennuyeux (où trouver d’ailleurs assez d’images d’archives pour illustrer le propos?) et les interviews souvent lassantes, Ari Folman choisit d’utiliser la technique du dessin animé, laissant ainsi une bonne place à l’imaginaire. Il le fait avec un talent remarquable, à l’aide d’images aux couleurs subtiles créées par d’excellents graphistes. Pour accompagner sa démarche personnelle, il fait sienne cette technique (inattendue) qui lui permet de prendre un peu de distance vis-à-vis de lui-même et, paradoxalement, de renforcer l’intensité de son propos.

Toutes les personnalités, tous les amis et camarades militaires d’Ari croisés dans le film seront donc des personnages de «dessin animé». Il y aura d’abord Boaz, qui raconte le cauchemar (lié à la guerre du Liban) qu’il fait chaque nuit. Ari, surpris de ne rien se rappeler de cette période de sa vie, éprouve alors ce besoin vital de découvrir la vérité de l’Histoire, de comprendre le sens de sa participation personnelle - et celle de l’armée israélienne, Tsahal - aux massacres de 1982. Comment un soldat, un homme ordinaire, peut-il devenir complice ou responsable de telles atrocités? Peut-on parler d’amnésie? Est-elle excusable? Ari Folman décide d’aller interviewer à travers le monde plusieurs de ses anciens - et réels - compagnons d’armes: Carmi, Ronny, Shmuel, Dror… Tous les récits recueillis, toutes les voix enregistrées seront donc authentiques.

Le film joue constamment sur trois types de dessins. L’un, très réaliste, place le décor et définit l’environnement direct des différentes séquences; le deuxième, avec des couleurs plus recherchées, permet l’ouverture sur les souvenirs ou les rêves liés au passé du protagoniste; et le troisième, plus proche du cauchemar ou de l’hallucination, renvoie directement à l’horreur des événements.

Valse avec Bachir est un film fort et étonnant, une réalisation hors du commun et aboutie, jusque dans ses images finales (d’archives): celles des femmes errantes et des cadavres abandonnés à Sabra et Chatila… Ari Folman rejoint là - et nous avec lui - la réalité, insoutenable.

Antoine Rochat

Antoine Rochat