Silence de Lorna (Le)

Affiche Silence de Lorna (Le)
Réalisé par Jean-Pierre, Luc Dardenne
Pays de production France, Belgique, Italie, Allemagne
Année 2008
Durée
Genre Drame, Action
Distributeur Diaphana Films
Acteurs Jérémie Renier, Fabrizio Rongione, Morgan Marinne, Arta Dobroshi, Alban Ukaj
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 570
Bande annonce

Critique

Les frères Dardenne sont des habitués de Cannes, où ils ont déjà obtenu deux Palmes d’Or (ROSETTA en 1999, L’ENFANT en 2005). Les voici de retour avec l’acteur qu’ils ont révélé en 1996 dans LA PROMESSE, Jérémie Renier, et une comédienne kosovare, Arta Dobroshi, qui campe remarquablement Lorna, jeune femme courageuse et opiniâtre.

Réfugiée en Belgique, blanchisseuse à Liège, Lorna rêve d’ouvrir avec son amoureux Sokol un mini-restaurant, économisant sou par sou à cet effet. Une occasion de gagner une somme substantielle lui est proposée par Fabio, personnage interlope, qui lui suggère d’acquérir la nationalité belge grâce à un mariage blanc avec un toxicomane dont il escompte une brève survie (abrégée au besoin par l’administration d’une surdose); la veuve pourra alors épouser un mafieux russe prêt à payer beaucoup pour acquérir sa nouvelle nationalité.

Le sujet et le milieu sont glauques, l’impression étant renforcée par des éclairages froids et ternes. Mais la présence de Lorna, qui laisse parler son cœur, illumine cette grisaille, et sa volonté de vivre et de faire vivre confère une touche d’espérance à un monde dépourvu d’états d’âme.

Les acteurs sont excellents, le montage fait au rasoir, la narration conduite avec rigueur. Fidèles à eux-mêmes, les frères Dardenne continuent de raconter de sombres histoires d’amour.



Daniel Grivel





Au travers du destin de Lorna, une jeune Albanaise en passe de devenir belge, voici un drame très révélateur du défi de l’immigration auquel l’Europe est aujourd’hui confrontée.

Pour devenir propriétaire d’un snack avec son fiancé Sokol, Lorna, vivant en Belgique, est devenue la complice d’une machination. Fabio lui a organisé un faux mariage avec Claudy (étonnant Jérémie Renier), un junkie, pour qu’elle obtienne la nationalité belge et qu’elle épouse ensuite un mafieux russe prêt à verser une grosse somme en vue du même résultat. Toutefois, afin de réaliser ce second mariage il faut se débarrasser «accidentellement» de Claudy, ce pour quoi le silence de Lorna est de mise… Tout a l’air réglé comme du papier à musique, mais les frères Dardenne - qui pour une fois se sont déplacés à Liège - savent que tout tient dans l’interprétation, où l’humain occupe la première place, où ce sont les visages plus encore que le scénario - pour lequel les deux frères ont obtenu un prix à Cannes - qui déploie la partition.

Aussi ce sont moins les paroles que les silences, les regards, les retenues qui tissent la trame de cette fiction évoquant une Europe face au défi de tous ces immigrés qui tentent de survivre et de s’installer définitivement dans le pays qu’ils ont réussi à rejoindre. «Ce qui nous intéressait, c’était de raconter l’histoire de gens qui viennent d’ailleurs et comment ils parviennent, par des moyens pas forcément très jolis, à obtenir leur bonheur.» Autant dire que ce film dérange par les problèmes délicats qu’il aborde et que chaque pays européen aimerait voir réglés par ses voisins.

Mais il y a plus encore, c’est précisément le personnage de Lorna, magnifiquement interprété par Arta Dobroshi, jeune actrice originaire du Kosovo. Tout le film repose sur les épaules d’une jeune femme qui semble être prête à tout pour devenir libre. Dans sa manière d’être, tout à la fois dure et tendre, craintive et audacieuse, elle traduit toute l’ambiguïté d’innombrables hommes et femmes en quête d’identité et d’accueil.



Serge Molla

Ancien membre