Adoration

Affiche Adoration
Réalisé par Atom Egoyan
Pays de production Canada
Année 2008
Durée
Musique Mychael Danna
Genre Drame
Distributeur ARP Sélection
Acteurs Arsinee Khanjian, Scott Speedman, Rachel Blanchard, Devon Bostick, Aaron Poole
N° cinéfeuilles 570
Bande annonce

Critique

Ça commence par un long travelling latéral sur fonds de barres d’immeubles, avec un adolescent assis sur un talus, consultant un ordinateur portatif: il sera question du monde d’aujourd’hui, entrelacé par la toile d’internet.

Le héros du film est Simon (remarquable Devon Bostick), lycéen vivant avec sa mère à Toronto. Celle-ci, violoniste, alors enceinte de lui, avait été envoyée en Israël par son mari palestinien, transportant à son insu une bombe destinée à faire exploser l’avion d’El Al. Après son échec, le père meurt dans un accident de voiture. Son ex-épouse, prof de français de Simon, Libanienne, s’intéresse à son élève qui essaie de trouver le fil de son histoire en la diffusant sur internet au gré de chats.

Les passagers sauvés de l’attentat avorté se manifestent, mais d’autres personnages aussi: si certains montrent leur numéro tatoué de détenu, un autre arbore sur ses phalanges «six millions de mensonges». Par un scénario savamment agencé, le spectateur est promené entre fiction et réalité, de la rage au pardon.

La trame est complexe, mais on comprend que la thématique, intelligemment servie par une interprétation retenue, ait séduit le Jury œcuménique.



Daniel Grivel





Prix du Jury œcuménique:

le Jury œcuménique du Festival de Cannes - composé de René Aucourt (France), président, Joël Baumann (France), Alyda Faber (Canada), Margrit Frölich (Allemagne), Lukas Jirsa (République tchèque) et Marie-Thérèse Kreidy (Liban) - a attribué son Prix au film:



Adoration

de Atom Egoyan (Canada/France)



En voici le motif:

Simon, un jeune à l’histoire familiale complexe, cherche son identité. A cet effet, il doit surmonter des stéréotypes et préjugés culturels. L’histoire personnelle qu’il découvre et expose à sa classe explose dans les forums d’internet. Du coup, il doit s’accommoder mentalement et émotionnellement des questions posées. Tandis que le réalisateur saisit des symboles et objets actuels, il nous invite par là à porter un nouveau jugement sur les clichés existant à propos des autres, par-dessus notre propre altérité culturelle et religieuse.



Explications de ce choix avec le président du Jury, René Aucourt:

«Je ne dirais pas que c’est un choix qui s’est naturellement imposé. Il y avait plusieurs films que nous avons beaucoup aimés. Ils correspondaient à nos critères (un bon film, capable de rejoindre les préoccupations humaines et de rassembler les hommes, tout en témoignant des valeurs de l’Evangile). Mais celui d’Egoyan est celui qui nous a fait le plus discuter. C’est une histoire d’aujourd’hui qui nous aide à penser. On y met en évidence internet, sans en faire le personnage principal. Il y a dans ce film un mélange de symboles traditionnels (comme la crèche chrétienne et le voile islamique) qui sont en train de bouger, de prendre un autre sens. Une culture nouvelle est en train de se créer dans une société qui reste marquée par la peur de l’autre. Ce film invite à inventer un nouveau moyen de vivre ensemble. A la fin, un objet symbolique rassemble une famille nouvelle. Lors de la conférence de presse, le réalisateur a rappelé que les symboles existent dans nos sociétés mais ils ne fonctionnent plus car ils ne sont plus reliés, reliés au sens.»

Daniel Grivel