Mas des alouettes (Le)

Réalisé par Paolo, Vittorio Taviani
Pays de production France, Italie
Année 2007
Durée
Musique Giuliano Taviani
Genre Drame
Distributeur UGC
Acteurs Tchéky Karyo, André Dussollier, Moritz Bleibtreu, Paz Vega, Ángela Molina
Age légal 16 ans
Age suggéré 16 ans
N° cinéfeuilles 548
Bande annonce (Allociné)

Critique

"Les réalisateurs italiens choisissent la fresque lyrique pour évoquer le massacre des Arméniens par le parti des Jeunes Turcs, en 1915.

Le dernier film des frères Taviani (PADRE PADRONE, 1976; LA NUIT DE SAN LORENZO, 1982) fera certainement parler de lui, tant il est brûlant. Le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915 et le refus d'Ankara de le reconnaître officiellement pèsent sur les négociations en vue d'une entrée de la République de Turquie dans l'Union européenne.

Or, si le public a été, est toujours et à juste titre, largement documenté sur le génocide juif par les nazis, peu de témoignages arméniens traversent une barrière de silence injustifiée. En 2002, ARARAT, du réalisateur d'origine arménienne Atom Egoyan, a traité le sujet par des aller-retour entre le passé et le présent. Mais son approche était sèche et laissait le spectateur à bonne distance de la tragédie. C'est tout le contraire avec LE MAS DES ALOUETTES de Paolo et Vittorio Taviani. Les deux frères signent une œuvre ample, lyrique, plus romanesque qu'historique, attentive à en suivre les personnages ""face à leur destin unique et ensuite les projeter dans le cadre plus grand d'un événement collectif"".

En 1915, la famille Avakian vit dans une petite ville de Turquie, à l'abri de la guerre, mais consciente des mouvements racistes qui se mettent en branle autour d'eux. Le parti politique dit des ""Jeunes Turcs"" a pour ambition de réaliser le mythe de la Grande Turquie, à l'heure où le pays se sent menacé par les visées russes sur le détroit du Bosphore. Le mouvement, séduit par les théories raciales, assimile les Arméniens aux ennemis russes et monte l'opinion contre la communauté. Les Avakian veulent rester sourds aux menaces et compteront rapidement parmi les victimes.

LE MAS DES ALOUETTES raconte la tragédie familiale dans une mise en scène classique, mais de belle facture, avec des plans soignés, sensuels. Il excelle dans la reconstitution de l'époque, les scènes quotidiennes qui occupent une famille aisée et généreuse. L'expression des massacres est beaucoup plus graphique. Mais les scènes de la déportation sont parfois trop lentes et maniérées. De même que l'approche sentimentale de la tragédie, qui se fait insistante et aurait gagné à plus de sobriété.

Il n'empêche que les frères Taviani réussissent une fresque bouleversante, pleine de compassion envers les victimes, mais aussi mesurée envers les bourreaux. Parce qu'autour de la volonté idéologique des Jeunes Turcs, les doutes se font jour. Le colonel Arkan (André Dussollier) en tête, lui qui est un ami personnel d'Aram et Armineh Avakian (Tchéky Karyo et Arsinee Khanjian). Egon (Alessandro Preziosi), militant parmi les Jeunes Turcs, lui aussi s'interroge, amoureux qu'il est de Nunik Avakian (Paz Vega).

Alors pourquoi ne pas refuser énergiquement ce qui s'affirme comme une monstrueuse injustice? Parce que face à la violence, il vaut mieux être du côté des plus forts. C'est dans cette faiblesse que se trouve la faute, autant que dans les massacres eux-mêmes. Et cette faiblesse ne cesse de se reproduire, les frères Taviani le rappellent. ""Nous sommes convaincus, disent-ils, qu'il est nécessaire pour la République turque de rejoindre l'Union européenne, mais nous pensons aussi qu'elle doit reconnaître publiquement la vérité historique de la tragédie arménienne."""

Geneviève Praplan