Mon nom est Tsotsi

Affiche Mon nom est Tsotsi
Réalisé par Gavin Hood
Pays de production Afrique du Sud, Grande-Bretagne
Année 2005
Durée
Musique Mark Kilian, Paul Hepker
Genre Drame, Thriller
Distributeur MK2 Diffusion
Acteurs Percy Matsemela, Presley Chweneyagae, Mothusi Magano, Israel Makoe, Jerry Mofokeng
Age légal 14 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 529
Bande annonce

Critique

"Il s'appelle Tsotsi, ce qui signifie ""voyou"", ""gangster"" dans le jargon d'un bidonville aux abords de Johannesburg, en Afrique du Sud. Orphelin de 19 ans, ce délinquant a rejeté tout souvenir de son passé, jusqu'à son propre nom...

Une nuit, suite à un accès de violence extrême sur l'un de ses complices, Tsotsi s'enfuit et erre jusque dans une banlieue aisée noire. Une femme descend de sa BMW et tente en vain d'ouvrir le portail de sa maison. Tsotsi sort son arme, agresse la femme, tire et s'échappe avec la voiture. Un enfant pleure sur la banquette arrière... Commence pour la police une chasse à l'homme, alors que l'inattendu - la vie - vient de faire irruption dans l'existence de Tsotsi. Pour la première fois, un autre être risque de compter à ses yeux. Mais n'est-il pas condamné à rendre cet enfant?

De même que le film des frères Dardenne, L'ENFANT (2005), ne précisait pas si leur titre désignait le bébé ou le père qui n'assumait pas sa nouvelle responsabilité, ici, c'est également un bébé qui conduit inopinément un jeune adulte vers lui-même. Si Tsotsi prétend n'avoir qu'un nom commun, il en choisira un ""propre"" - le sien? - pour l'enfant dérobé lorsqu'il le confie, l'espace de quelques heures, à une jeune mère afin qu'elle le nourrisse. Le refus d'accepter de l'argent sale et surtout la volonté de cette jeune femme de s'en sortir déstabilisent le jeune caïd plus qu'il ne veut l'admettre lui-même. C'est qu'il aspire lui aussi, au plus profond de son être, à retenir l'attention de quelqu'un, non seulement par la peur qu'il est capable d'inspirer, mais par ce qu'il est en mesure de donner. Et dans un premier temps de rendre. L'enfant recherché.

Adapté d'un roman de Athol Fulgard publié en 1980, ce film offre en quelque sorte une version sud-africaine décalée du KID, au sens où le cinéaste révèle avec talent l'affection et la tendresse que se surprend à éprouver progressivement Tsotsi, d'une part pour un bébé, et d'autre part, pour un lamentable handicapé physique croisé à plusieurs reprises en gare de Johannesburg. L'un et l'autre lui font remonter quelques souvenirs sous formes de flashes qui commencent à tisser une histoire au cœur de son parcours qui n'était jusqu'alors qu'une suite d'instants plus subis que reçus.

Pour raconter cette histoire forte de rédemption (conclue un peu rapidement il est vrai), Gavin Hood livre de puissantes images comme celle où Tsotsi emmène le bébé en bordure du ghetto, là où lui-même, semble-t-il, vécut quelque temps, dans d'énormes tuyaux de canalisation. Les séquences témoignent sans complaisance des conditions de vie des townships sud-africains; quant à la musique retenue, elle ajoute une note d'authenticité à cette vie des ghettos, car elle s'apparente au mouvement kwaito, composée essentiellement de chants scandés en rythme sur des basses puissantes.

A noter que ce film, représentatif de l'émergence d'un nouveau cinéma sud-africain non seulement destiné à plaire aux Blancs, a obtenu l'Oscar du meilleur film étranger de l'année 2005.

Il a par ailleurs été récompensé dans des festivals du monde entier, notamment celui du Festival du film de Toronto, Thessaloniki Film Festival, Los Angeles AFI Award, Edinburgh Film Festival."

Serge Molla