| Réalisé par | Rolf Heer |
| Pays de production | Australie |
| Année | 2006 |
| Durée | |
| Genre | Aventure |
| Distributeur | frenetic |
| Acteurs | Crusoe Kurddal, Jamie Gulpilil, Richard Birrinbirrin, Peter Minygululu, Frances Djulibing |
| Age légal | 10 ans |
| Age suggéré | 16 ans |
| N° cinéfeuilles | 526 |
"On est à l'extrémité nord-est de l'Australie. Les grands marais d'Arafure Swamp sont bien connus du célèbre acteur aborigène David Gulpilil: c'est sa terre natale, celle des Yolngus, et c'est là qu'il a convaincu le cinéaste néerlandais Rolf De Heer de tourner un long métrage qui se situe entre la fiction, le documentaire et l'ethnologie.
Un narrateur (l'acteur lui-même) raconte l'histoire du jeune Dayindi qui, par le passé, a convoité un jour l'une des trois épouses de son frère plus âgé, transgressant ainsi les lois de la tribu. Pour lui apprendre les bonnes manières, le frère aîné a alors entrepris de raconter à Dayindi une légende ancestrale d'amours interdites, d'enlèvements, de sorcellerie et de vengeance qui tourne très mal... Une histoire transmise par personne interposée, par la bouche d'un vieux sage de la tribu ancestrale.
Il s'agit donc de récits qui s'imbriquent les uns dans les autres. Le premier s'inscrit dans une journée de travail des aborigènes qui, dans un passé relativement récent, allaient chercher dans la forêt le bois nécessaire à la construction de leurs canoës. Le second, beaucoup plus ancien, s'intercale dans le premier et constitue l'essentiel du film.
Mis à part l'acteur professionnel cité plus haut, tous les autres protagonistes ont été recrutés sur place. Il a fallu leur réapprendre les traditions de leurs ancêtres, les procédés de fabrication des pirogues, et entreprendre un long travail de mémoire pour faire renaître l'ancienne culture de la tribu. Un gros effort pour un film qui ne convainc pas entièrement: les répliques ont parfois une tonalité ""moderniste"", et certains détails pourraient être suspectés de non-authenticité. Ce qui n'ôte rien à la qualité des images et à une volonté tout à fait respectable de donner la parole aux Yolngus, et de restituer, avec force détails souvent, leurs traditions lointaines.
Antoine Rochat
Par une sympathique incursion dans la brousse australienne, Rolf de Heer ouvre le livre d'une tribu aborigène et rappelle le rôle qu'y a tenu le conte.
Ce long métrage est une rareté cinématographique. Premier film en langue aborigène, il a été tourné dans une région perdue d'Australie, des marécages peuplés de crocodiles. Rolf de Heer, qui s'est assuré la collaboration de la tribu dont il parle, réussit avec cette complicité une approche exemplaire d'une culture traditionnelle.
Un jeune homme convoite l'une des compagnes de son frère aîné. Celui-ci profite d'une longue période de chasse pour lui raconter ce qui est arrivé à leurs ancêtres: un homme convoitait l'une des compagnes de son frère aîné.... L'histoire de cet amour interdit a abouti à la sorcellerie, la vengeance et la mort. C'est par cette sorte de mise en abyme que le cadet apprend le respect des êtres humains, mais aussi le respect des règles nécessaires à une vie sociale harmonieuse.
Ce n'est pas un documentaire dont il s'agit, mais d'une vraie fiction, d'une fable à la morale universelle. Rolf de Heer échappe ainsi à l'aspect didactique pour assurer un relatif suspense à son scénario. A travers ce double récit se déroule une existence rudimentaire mais sereine, tant qu'elle suit le rituel immuable, basé sur des lois comprises et acceptées de tous. Sont révélées les techniques qui assurent la survie de la peuplade, la récolte des écorces d'eucalyptus, la construction des canoës, la chasse, les différents aspects de la vie en société. Sont montrés aussi les rites de la guerre, et ceux de la mort dont certains sont particulièrement émouvants.
Le ton est bonhomme, chaleureux et plein d'humour. Rolf de Heer use d'une mise en scène codée, le noir et blanc pour les scènes d'aujourd'hui, la couleur pour la vie des ancêtres. Les aborigènes jouent le jeu avec beaucoup de grâce, sans cabotinage, ils invitent le public à entrer avec confiance dans leur vie. Avec l'histoire de leur histoire, ils démontrent le rôle essentiel du conte dans le dénouement des situations difficiles. Le conte, tel qu'ils le vivent, est une richesse disparue dans la civilisation occidentale.
Malgré les nombreuses tentatives pour le réhabiliter, on ne l'entend plus guère aujourd'hui que comme un divertissement.
10 CANOËS, 150 LANCES ET 3 EPOUSES, bardé de récompenses, a notamment remporté le Prix spécial du Jury de la sélection Un certain regard, au dernier Festival de Cannes. L'Australie le présente comme candidat aux Oscars pour le titre de meilleur film étranger.
Geneviève Praplan"
Ancien membre
| Nom | Notes |
|---|---|
| Daniel Grivel | 13 |
| Geneviève Praplan | 15 |
| Antoine Rochat | 14 |
| Anne-Béatrice Schwab | 14 |