The Secret Life of Words

Affiche The Secret Life of Words
Réalisé par Isabel Coixet
Pays de production Espagne
Année 2004
Durée
Musique Jaume Roures
Genre Drame, Romance
Distributeur Diaphana Films
Acteurs Tim Robbins, Sarah Polley, Steven Mackintosh, Javier Cámara, Sverre Anker Ousdal
N° cinéfeuilles 522
Bande annonce

Critique

Belle parabole que ce film intimiste où les silences en disent autant que les mots, où les âmes et les corps blessés témoignent des âpretés de la vie. Et où, contre toute attente, un chemin peut s'ouvrir...

Sur une plate-forme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, un accident vient d'avoir lieu. Une ouvrière en usine, forcée de prendre des vacances, y débarque comme infirmière pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Ainsi l'énigmatique Hanna (Sarah Polley) en vient-elle à soigner Josef (Tim Robbins), qui a été grièvement brûlé en voulant sauver un de ses amis d'un suicide dont il est peut-être responsable.

A l'horizon de la plate-forme, de tous côtés, il n'y a que la mer, avec ses humeurs et ses profondeurs insondables. Pourtant, tous ceux qui vivent sur un tel lieu l'ont choisi. C'est dire que chacun a son secret et que pour y survivre il s'est construit une double vie, bien cloisonnée. C'est seulement lorsqu'un être ne se sent pas en danger qu'il laisse un peu tomber sa garde et que s'ouvre alors un chemin que nul n'imaginait auparavant. Les mots, les silences et surtout les visages sont ici très parlants. Car le visage, c'est finalement l'expérience de l'autre. Mais si Hanna voit Josef, celui-ci ne la voit pas, il l'entend et discerne chaque inflexion de sa voix, alors qu'elle-même, atteinte de surdité, préfère parfois se couper totalement du monde en débranchant son appareil. Ainsi, non menacés par le regard de l'autre, Hanna et Josef laissent leurs visages se livrer alors qu'ils se dérobaient.

Du coup, à fleur de peau, l'homme et la femme (se) parlent, se disent en vérité. Une étrange intimité se crée progressivement entre ces deux blessés du corps et de l'âme, un lien fait de secrets, tissé d'aveux, de mensonges, d'humour et de souffrance. Quant aux autres personnages, bien que secondaires, ils ne sont jamais seconds: leur place compte. Il y a par exemple Simon (Javier Camara), le cuisinier espagnol sur la plate-forme, qui, au travers de son art culinaire et malgré l'indifférence générale, appelle chacun à retrouver goût (à la vie) en lui mijotant son plat favori ou l'une de ses recettes miracles. Il y a également la psy de Hanna (Julie Christie), à laquelle Josef, une fois guéri et de retour sur le continent, rend visite pour tenter de retrouver la trace de celle dont il ne connaît que la voix et quelques bribes d'une indicible histoire.

La réalisatrice a peut-être voulu un peu trop en mettre dans ce film sobre (allusif au PATIENT ANGLAIS d'Anthony Minghella), auquel a collaboré l'écrivain britannique et critique d'art John Berger. Ce léger défaut tient probablement au fait que c'est l'un des premiers à faire explicitement écho à l'épuration ethnique et aux viols systématiques que connurent les Balkans lors de la guerre en ex-Yougoslavie. Ce long métrage, primé au 62e Festival du film de Venise (meilleur film, réalisateur, scénario et distribution) est porté par le jeu sensible de Sarah Polley et de Tim Robbins, fait d'avancées et de retenues. Ces deux acteurs donnent aux personnages de Hanna et de Josef une profonde intensité et permettent d'écarter partiellement quelques petites invraisemblances dans ce film qui finalement s'offre comme une étonnante parabole sur les êtres et leurs guérisons intérieures.

Serge Molla