Ravisseuse (La)

Affiche Ravisseuse (La)
Réalisé par Antoine Santana
Pays de production France
Année 2004
Durée
Musique Louis Sclavis
Genre Drame
Distributeur Océan Films
Acteurs Grégoire Colin, Frédéric Pierrot, Anémone, Isild Le Besco, Emilie Dequenne
N° cinéfeuilles 519
Bande annonce

Critique

"Voici un film attachant sur un sujet qui ne fait guère parler de lui au cinéma, l'amour maternel. Et plus original encore, l'amour maternel à travers le travail d'une nourrice. Pour son deuxième long métrage (UN MOMENT DE BONHEUR, 2001), Antoine Santana a choisi un décor de la fin du XIXe siècle, période où, explique-t-il, la famille bourgeoise accorde à l'enfant une place nouvelle. ""Les chambres d'enfants apparaissent dans les appartements haussmanniens."" S'il ne s'inscrit pas encore complètement dans la vie de ses parents, l'enfant se rapproche d'eux qui le contemplent en souriant, mais en laissent encore le soin à une gouvernante.

Charlotte (Emilie Dequenne) se relève péniblement de son accouchement et exclut son mari (Grégoire Colin) de sa chambre. Angèle-Marie (Isild Le Besco) est appelée pour allaiter l'enfant. Elle-même est mère, son bébé a été confié à des paysans. Tandis qu'elle s'attache à la petite Marcelline, elle noue avec la jeune mère une relation proche de l'amitié, relation totalement déplacée dans ce milieu et à cette époque. Et si le mari demande qu'on y remette de l'ordre, la façon dont il considère la nourrice ne manque pas d'ambiguïté.

Antoine Santana est soucieux de montrer ce qu'était la vie d'une femme, il y a un peu plus d'un siècle. Ses deux protagonistes, Charlotte et Angèle-Marie, deux mères issues de conditions sociales opposées, se retrouvent autour de l'enfant. Chacune est victime de sa condition. La première s'ennuie à mourir, la seconde n'a d'autre espoir que celui des contes et des rêves. Mais à leurs côtés, Julien, le mari, est lui aussi un portrait souffrant. Celui de la condition masculine, éloigné de sa famille et soumis à la réussite sociale, quel qu'en soit le prix.

Le réalisateur observe avec finesse l'évolution de ses personnages. Il en raconte le quotidien dans des scènes courtes, souvent suspendues à la suggestion. L'image est belle, l'esthétique raffinée et la reconstitution soignée jusque dans les revues de mode. Il n'y a que la langue française qui perde le fil; le ""c'est quoi?"" semblant avoir gagné son universalité!"

Geneviève Praplan