Ivresse du pouvoir (L')

Affiche Ivresse du pouvoir (L')
Réalisé par Claude Chabrol
Pays de production Allemagne, France
Année 2005
Durée
Musique Matthieu Chabrol
Genre Comédie dramatique
Distributeur Pan Européenne Edition
Acteurs François Berléand, Isabelle Huppert, Patrick Bruel, Robin Renucci, Marilyne Canto
N° cinéfeuilles 519
Bande annonce

Critique

"Le juge d'instruction Jeanne Charmant Killman, bien décidée à ne pas lâcher une affaire aux ramifications compromettantes, découvre le double danger qu'entraînent ses grandes compétences et son opiniâtreté, lorsque se multiplient les pressions pour qu'elle renonce à de désagréables investigations.

Se fondant notamment sur une affaire qui fit il y a quelques années grand bruit en France voisine, mêlant l'argent et la politique, Claude Chabrol s'interroge sur l'irrésistible (?) attrait, la redoutable ivresse, du pouvoir. Effectivement, en 1994, la compagnie pétrolière française Elf fit l'objet d'une enquête initiée par la Commission des opérations boursières. Dirigée par le juge Eva Joly, celle-ci ne tarda pas à mettre à jour un réseau de corruption impliquant au plus haut niveau hommes d'affaires et politiciens, de gauche comme de droite. Quelque temps plus tard, Loïk Le Floch-Prigent, ex-P.-D.G. d'Elf, fut placé en détention provisoire pour avoir - entre autres - fait financer par l'entreprise l'achat d'un somptueux appartement destiné à son épouse. C'est pourquoi le film s'ouvre avec l'avertissement suivant: ""Toute ressemblance avec des personnages connus."" Par cette mention, on reconnaît d'emblée l'ironie du réalisateur qui signe là non seulement une réalisation soignée sur les jeux (y compris avec leurs parts de tricherie) et les effets extérieurs du pouvoir, mais sur ce qu'il déclenche au cœur d'un être.

Et c'est là que le talent d'une Isabelle Huppert apporte une épaisseur humaine à un personnage qui somme toute ne convoque pas immédiatement la sympathie. Le réalisateur, tout en prétendant livrer une étude comportementale, s'est bien amusé, comme le signalent quelques situations (le juge se voit pourvue d'une collègue pour la seconder, avec le vif espoir qu'elles ""se crêperont le chignon""), quelques bons mots ou le choix du nom de ses personnages (comme par exemple Killman (la tueuse) pour Huppert, Si(b)au pour Bruel au charme manipulateur. L'ensemble est crédible et bien mené, mais ne s'agit-il pas là d'un excellent téléfilm qui aurait gagné en profondeur en accordant plus d'intérêt aux personnages secondaires légèrement caricaturaux?"

Serge Molla