Good Night, and Good Luck.

Affiche Good Night, and Good Luck.
Réalisé par George Clooney
Pays de production U.S.A.
Année 2005
Durée
Musique Jim Papoulis
Genre Drame, Historique
Distributeur Metropolitan FilmExport
Acteurs Robert Downey Jr., George Clooney, David Strathairn, Jeff Daniels, Patricia Clarkson
N° cinéfeuilles 518
Bande annonce

Critique

"Récit de la lutte menée par un journaliste courageux contre le maccarthysme, GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. est une réflexion sur les dérives possibles du pouvoir, sur l'influence de la télévision et, de façon générale, sur le fonctionnement d'une démocratie. Un film hommage, en même temps qu'une démonstration cinématographique rigoureuse et réussie.

Chacun se rappelle ce que fut le maccarthysme à l'époque de la ""guerre froide"". Ce que l'on peut ignorer en revanche, c'est le rôle important joué, durant ces années-là (1950-1954), par des personnalités qui ont lutté ouvertement contre la fameuse ""chasse aux sorcières"" organisée par le sénateur McCarthy. Des personnalités qui n'ont pas craint de mettre en jeu leur carrière professionnelle et leur liberté.

Edward R. Murrow fut l'un de ces résistants. Célèbre présentateur de la CBS, il commentait chaque soir, dans son émission See It Now, les événements de l'actualité, usant d'un ton très novateur pour l'époque. Son objectivité, son intégrité professionnelle étaient largement reconnues et il captivait l'Amérique. Chacune de ses émissions se terminait par un solide ""Good night, and good luck.""...

Révolté par les méthodes scandaleuses et les excès du sénateur Joseph McCarthy - pour qui tout sympathisant communiste devait être considéré comme un ennemi de l'Amérique - Murrow usa très intelligemment de son crédit médiatique et du pouvoir tout neuf de la TV pour essayer d'enrayer cette dangereuse déviance politique. L'affrontement télévisé entre McCarthy et Murrow, en décembre 1954, portera un coup sévère à la politique du sénateur qui sera censuré quelques mois plus tard et blâmé par le Sénat américain.

George Clooney - ici réalisateur, coscénariste, coproducteur et acteur - s'est efforcé de restituer le climat de l'époque, le plus fidèlement possible. Il a choisi de tourner son film en noir et blanc, ce qui confère une sorte d'authenticité à son propos et beaucoup de cohérence avec les images des années 50 (en particulier les séquences filmées et enregistrées de divers procès organisés par la redoutable Commission des activités anti-américaines). Clooney a su s'entourer d'excellents acteurs: David Strathairn, au jeu sobre et émouvant dans le rôle du journaliste TV, est absolument remarquable. A ses côtés on retrouve Robert Downey Jr. - le Charlie Chaplin du film de R. Attenborough - et beaucoup d'autres comédiens de talent.

GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. pourra paraître un peu austère, bavard et trop centré sur un problème politique lointain (dans le temps et dans l'espace), mais le film est intéressant à plus d'un titre. D'abord parce que le cinéaste - lui-même fils d'un journaliste TV - dresse le portrait d'un honnête homme: ""Murrow croyait à sa mission, rappelle Clooney, et il a tenu bon. Il a même pris en charge la baisse des recettes publicitaires que ce sujet dangereux engendrait autour de son émission. Et après son fameux duel avec McCarthy, il a quand même vu son émission reléguée à une heure de moindre écoute. Il a payé le prix fort pour son engagement.""

Intéressant aussi parce que le film rappelle utilement que le monde d'aujourd'hui n'est pas complètement à l'abri de dérives politiques qui peuvent entraîner abus, discriminations et conflits.

Intéressant enfin parce que, derrière le portrait de ce journaliste qui n'a pas craint de s'engager personnellement, apparaît aussi une amorce de réflexion sur l'influence de la TV. On sait qu'elle peut aller jusqu'à infléchir ou même faire basculer une opinion. ""Pour une fois que c'est dans le bon sens"", semble dire Clooney. Dans ce cas particulier la TV a sans doute contribué à éclairer l'opinion publique et à lui faire découvrir ce qui était une forme de manipulation politique. Qu'on est loin, laisse-t-il aussi entendre, du style actuel de certaines émissions derrière lesquelles se cachent conformismes et compromissions.

Considéré sous un autre angle, GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. va plus loin encore, abordant une réflexion sur l'utilisation de l'immense matériel audiovisuel dont on peut disposer aujourd'hui: les archives filmées sont très importantes, on peut mixer l'ancien et le nouveau, ôter ou intégrer des personnages dans le récit et effectuer tous les collages nécessaires sans laisser de traces. Une technique à laquelle recourt aussi George Clooney, qui tient à en préciser les limites: ""Il faut des hommes intègres pour informer. Je crois qu'il faut dire que la TV est une arme à double tranchant. Elle peut aussi bien révéler que manipuler, elle peut informer ou mentir. De nos jours, étant donné l'importance qu'a prise ce média, il n'est pas inutile d'insister sur ces points.""

Cela va sans le dire? Peut-être... Mais cela va encore mieux quand on le répète."

Antoine Rochat