Enfant (L')

Affiche Enfant (L')
Réalisé par Jean-Pierre, Luc Dardenne
Pays de production France, Belgique
Année 2004
Durée
Genre Drame, Romance
Distributeur Diaphana Films
Acteurs Jérémie Renier, Olivier Gourmet, Déborah François, Jérémie Segard, Stéphane Bissot
N° cinéfeuilles 504
Bande annonce

Critique

"Bruno a 20 ans, Sonia 18. Ils vivent tous deux de l'allocation perçue par Sonia et du produit des vols commis par Bruno et les gamins de sa bande. Sonia, qui a mieux la tête sur les épaules que son copain, vient de donner naissance à Jimmy, leur enfant. Elle rentre chez elle, mais trouve porte close, Bruno ayant profité de louer leur appartement pendant qu'elle était à l'hôpital...

Le ton est donné d'emblée: comment Bruno pourra-t-il devenir père, lui qui est si léger, si immature, qui vit dans l'instant présent, uniquement préoccupé de gagner du fric dans des combines louches et grâce au vol à la tire? Petite frappe paumée, il ira jusqu'à vouloir vendre son fils de quelques jours à des truands qui font commerce d'enfants à adopter.

Le dernier film des frères Dardenne (LA PROMESSE, ROSETTA, LE FILS) est une réussite. Le portrait de Bruno, jeune homme profondément infantile et agaçant, mais sensible, ne peut laisser indifférent. Et si l'on a peine à admettre qu'il peut exister dans notre bonne vieille Europe un trafic d'enfants aussi sordide que celui décrit par les deux cinéastes belges, on va s'attacher peu à peu à cette (brève) trajectoire existentielle d'un petit malfrat qui se découvrira tardivement des envies de se sortir du pétrin et de quitter le ""milieu"". Rien n'est définitivement gagné sans doute, mais se pointe tout de même - rédemption ou pas? - une petite lueur d'espoir. Le film est par ailleurs formellement très maîtrisé, les décors urbains (le film a été tourné à Seraing) bien choisis et les scènes d'action parfaitement intégrées dans l'intrigue. L'interprétation, toute de nuance et d'intelligence, est excellente.



Antoine Rochat





L'ENFANT, film - touchant et parfait - des frères Dardenne, a reçu la Palme d'Or au Festival de Cannes 2005.

Sonia (Déborah François), 18 ans, vient de mettre au monde un enfant. Elle rentre chez elle, le bébé dans ses bras. Pas moyen d'ouvrir la porte de son appart. Son ami Bruno (Jérémie Renier), 20 ans, l'a sous-loué pour quelques jours, histoire de se faire un peu de fric. Mais où est-il? Pour sûr, il n'est pas là pour accueillir la mère et son enfant.

Bruno attend le résultat d'un troc de bijoux volés, lorsque Sonia l'atteint sur son mobile. Ses petits larcins le préoccupent davantage que le bébé qu'elle veut lui présenter. Restera ce soir à dormir dans une pension pour SDF, et demain dans la planque derrière un hangar. Sonia, qui aime son ami, semble à peine étonnée, le temps de retrouver leur petit appart qu'elle paie grâce à l'aide sociale. Et puis en échange, Bruno ""assure"" le quotidien.

Une vie ""sauvage"" qui semblait leur convenir jusqu'à maintenant. Alors que Sonia s'est investie du rôle de mère, comment Bruno peut-il devenir père, lui qui est si léger, qui vit dans l'instant?

""Lors d'un tournage précédent, nous avons vu passer et repasser une jeune fille poussant un landau dans lequel dormait un nouveau-né. Elle semblait ne pas avoir de destination. Souvent nous avons repensé à cette jeune femme et à celui qui n'était pas là, le père de l'enfant. L'absent qui allait devenir important dans notre histoire"", écrivent les réalisateurs. Après LE FILS, ROSETTA et LA PROMESSE, L'ENFANT nous apporte comme un nouvel épisode sur des personnages marginaux qui ne peuvent, ou plutôt qui ne savent s'insérer dans la société.

Les frères Dardenne connaissent ces milieux défavorisés. Ils vont suivre les deux jeunes de très près, Bruno en particulier, les scruter en posant un regard rempli d'empathie. Le rythme du film est donné par cette route au trafic bruyant: une ligne - presque une abstraction - entre des terrains vagues et une banlieue misérable, route sans passage pour piétons que Sonia ou Bruno traversent puis longent à vive allure. Un décor sombre avec tellement peu d'humanité. Bruno semble connaître son territoire et y avoir répertorié les recoins et cachettes qui s'offrent pour de sombres velléités. Car Bruno ne travaille pas. La délinquance est une voie pour subvenir aux besoins élémentaires.

Un mode de vie plutôt accaparant lorsque le problème numéro un est le manque d'argent: il est en situation de survie, à l'affût d'une affaire, consultant sans cesse son mobile, cherchant à joindre des complices, préoccupé par l'instant, mais capable aussi de partager des moments de bonheur avec Sonia.

Dès que l'argent est là, il satisfait ses envies tout de suite: il s'offre une virée dans une belle voiture ou s'achète une veste, ou mange. Aujourd'hui et maintenant. Aucun avenir. Le bébé? Il n'a pas réalisé. Pas méchant mais immature, Bruno s'enfonce plus loin, insouciant, le jour où l'idée lui vient de vendre son propre fils contre une liasse de billets. ""On en refera un autre"", dit-il à sa compagne effondrée. Pas de repère.

Pour que surgisse un peu de maturité, quelle galère: Sonia entre vie et mort, et des drames en cascade. Et pour la première fois, les jetons! Au-delà de la mesure et de l'inconscience, Bruno va sortir de sa spirale par un geste de réparation. Sonia qui a chassé Bruno le retrouve en prison: des sanglots, des mains qui se rejoignent, une rencontre intense porteuse d'espérance pour du meilleur.

Le scénario est crédible et fort. Tout sonne juste, avec deux acteurs émouvants et attachants et un suspense de thriller. Les réalisateurs semblent porter sur ces très jeunes parents un regard de père prodigue. Pas de leçon, pas de condamnation, mais une incitation à prendre conscience, à devenir responsable.

Pour les frères Dardenne, qui donc est l'enfant? Celui qui est finalement accueilli, ou Bruno qui accepte de grandir? Les deux sans doute.



Claudine Kolly"

Ancien membre