Koktebel

Affiche Koktebel
Réalisé par Boris Khlebnikov, Aleksei Popogrebsky
Pays de production Russie
Année 2003
Durée
Genre Comédie dramatique
Distributeur Celluloïd Dreams
Acteurs Igor Tchernevitch, Gleb Puskepalis, Evgenii Sytyi, Vera Sandrykina, Vladimir Kucherenko
N° cinéfeuilles 500
Bande annonce

Critique

"Un homme et un jeune garçon paraissent surgir tout droit du néant. Ou plutôt d'une galerie souterraine, sous une route. Y ont-ils dormi? Qui sont-ils, d'où viennent-ils et où vont-ils? Le spectateur ne le saura qu'au fil des jours, au rythme lent du voyage des deux protagonistes à travers les campagnes russes et ukrainiennes, tantôt vides, tantôt habitées. Opère très vite une sorte de fascination: peu importe l'objectif de ce voyage - on apprendra fortuitement qu'ils se rendent chez une parente à Koktebel, au bord la mer Noire -, c'est leur vie de tous les jours qui capte notre attention.

Partis de Moscou sans argent, sans voiture, le père et son fils de 11 ans semblent s'en remettre au hasard, à la bonne fortune du pot. L'enfant est plus impatient que son père de parvenir à destination: il veut voir la mer Noire et les planeurs prendre l'air. Quelques détails, de menus événements vont ralentir leurs pas. Le voyage semble parfois dérailler, puis repart, au gré des petits (et des gros) ennuis qui accompagnent la pérégrination. Au gré surtout des rencontres qu'ils font: c'est l'enfant qui rappellera à son père qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter trop longtemps chez un camionneur, un garde-voie ou une femme médecin...

KOKTEBEL est donc un road movie d'un genre particulier, construit en longs plans-séquences - on en oublie jusqu'à l'existence même de la caméra -, qui traverse des paysages le plus souvent surprenants. De plus l'enfant a le pouvoir surnaturel de ""voir ces paysages de haut"", ce qui lui donne parfois un coup d'avance sur son père et une maturité qui dépasse l'ordinaire.

Fable poétique pleine d'émotion retenue, presque muette, KOKTEBEL est signé par deux cinéastes russes dont c'est le premier long métrage. Ils avouent y avoir travaillé plusieurs années (de 2000 à 2003). On les croira volontiers, tant la narration est maîtrisée, les plans minutieusement définis, les cadrages réglés au millimètre et les images fortes. Leur film témoigne d'un sens manifeste de l'espace et du temps, soutenu qu'il est aussi par une excellente bande musicale, empruntée en partie à Chick Corea.

KOKTEBEL a remporté - il s'agit là de distinctions méritées - le Grand Prix du Jury et le Prix de la critique FIPRESCI lors du Festival de Moscou de 2003. Voilà un film sensible et remarquable, qui nous rappelle (on en avait déjà eu la preuve avec LE RETOUR, de Andrej Zvjagintsev, en 2003) l'existence d'une ""Nouvelle Vague"" russe intéressante."

Antoine Rochat