Va, vis et deviens

Affiche Va, vis et deviens
Réalisé par Radu Mihaileanu
Pays de production France, Israël, Belgique, Italie
Année 2005
Durée
Musique Armand Amar
Genre Drame
Distributeur Les Films du Losange
Acteurs Roschdy Zem, Yaël Abecassis, Moshe Agazai, Mosche Abebe, Sirak M. Sabahat
Age légal 10 ans
Age suggéré 14 ans
N° cinéfeuilles 499
Bande annonce

Critique

"En 1984, un drame de la famine en Afrique a contraint des centaines de milliers d'êtres humains à fuir. Des Africains de vingt-six pays se sont retrouvés dans des camps au Soudan. A l'initiative d'Israël et des Etats-Unis, une vaste action, l'""opération Moïse"", fut menée pour sauver les juifs éthiopiens, les Falashas, et les emmener vers la ""Terre promise"".

Mais on quitte le diaporama historique pour rejoindre un destin singulier. Voici que, pour le sauver de la famine et de la mort, une mère chrétienne pousse son fils de 9 ans, Shlomo, à se déclarer juif. Elle l'oblige à suivre en Terre sainte une femme juive dont le fils vient de mourir. Mais quand meurt cette mère de substitution, il est déclaré orphelin, puis adopté par une famille française séfarade vivant à Tel-Aviv. Il grandit avec la peur de la révélation de son mensonge: ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvre l'amour, la culture occidentale et la judaïté, mais aussi le racisme et la guerre dans les territoires occupés. Il devient un citoyen juif-israélien-français, sans jamais oublier ni ses racines, ni sa mère éthiopienne.

L'itinéraire de Shlomo est à la fois dramatique et lumineux. Il se construit sur les injonctions de sa mère. Tout d'abord ""va"", arrachement difficile du seul être qui lui reste, du seul lien affectif qui le relie à la vie. Mais l'instinct de survie va prendre le dessus. Ensuite ""vis"", une croissance qui va se faire dans la douleur, car il est tiraillé entre ce secret qu'il doit cacher - par conséquent essayer d'être irréprochable aux yeux des juifs - et la nostalgie prégnante de sa maman restée dans un camp lointain. Puis ""deviens"", par l'accomplissement de son destin et en devenant un homme responsable.

L'histoire de Shlomo se comprend alors, selon les mots du réalisateur, comme ""ce combat que doit mener tout être humain pour s'affranchir de lui-même, pour sortir de sa petite carapace qui le serre"". A noter que cet ""orphelin"" va se construire grâce à la rencontre de personnes fortes, comme le sage éthiopien falasha, ou ses parents qui détonnent dans la société israélienne orthodoxe, ou encore ces quatre femmes - des mères - qui vont l'aimer.

Les niveaux de lecture de ce film sont multiples et cohérents: mythologique, biblique, politique, psychanalytique, et même symbolique comme pour dire ""regardez, essayez de construire des ponts vers les autres"". Si le scénario est excellent, Mihaileanu fait preuve de grande qualité dans ses choix esthétiques. Il respecte la réalité historique sans s'appesantir sur les épreuves endurées par les réfugiés. Il suggère plus qu'il ne montre. Le travail sur les couleurs et les lumières est significatif: monochrome dans les tons de gris, sable, pour les images dans les camps, et une palette lumineuse, colorée dès l'arrivée en Israël, comme pour signifier: c'est la vie qui revient. Par ailleurs, même s'il s'agit d'un drame, l'humour est constant. Le style est nerveux tout en laissant du temps pour les émotions. La musique d'Armand Amar, quant à elle, tantôt lyrique, tantôt minimaliste ou ample, recourant aux instruments classiques et ethniques, souligne l'identité mixte et profonde de Shlomo. Il faut y ajouter une interprétation intense et convaincante des personnages.

On croyait découvrir un documentaire sur une réalité grave. Mais c'est une vraie histoire qui transmet plus qu'elle ne donne à voir. Par étonnant que VA, VIS ET DEVIENS ait reçu de nombreux récompenses dont le Prix du public et le Prix œcuménique 2005 à Berlin."

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