Rois et reine

Affiche Rois et reine
Réalisé par Arnaud Desplechin
Pays de production France
Année 2004
Durée
Musique Grégoire Hetzel
Genre Drame
Distributeur Bac Films
Acteurs Catherine Deneuve, Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Nathalie Boutefeu, Maurice Garrel
N° cinéfeuilles 495
Bande annonce

Critique

"Est-ce l'histoire de Nora, une femme qui tente une troisième fois de trouver le bonheur en se remariant? Ou celle d'Ismaël, son second compagnon, interné à tort selon lui dans un hôpital psychiatrique? Est-ce le récit d'une demande d'adoption d'Elias, fils du premier mari défunt de Nora et qui a toujours considéré Ismaël comme son père? Ou celui des derniers jours du père de Nora malade du cancer? Que raconte finalement le film de ce réalisateur qui vient d'obtenir le Prix Louis-Delluc 2004 et qui continue à juxtaposer ""des bouts d'histoire qui ne sont pas pareils""?

Raconté à la première personne par Nora, ROIS ET REINE brouille les pistes. La mémoire de Nora est aussi sélective que non linéaire, et c'est tant mieux. La vie, dans ses élans et ses retenues, lorsque générosité et égoïsme se succèdent pour mieux se mêler, n'en est que traduite avec plus de fidélité.

La force du propos, due à la déconstruction des scènes - qui ne s'enchaînent pas, mais se proposent comme des pièces de puzzle(s) -, tient au fait que le cinéaste ne livre pas de leçon de morale. Quels que soit les comportements de ses personnages, Arnaud Desplechin ne les juge pas et donne à voir des êtres pris entre leur passé et leurs attentes (parfois désespérées) de vies nouvelles. Il invite à être témoin d'une femme qui après la douleur a opté pour la légèreté, d'un homme qui n'est peut-être ni aussi déséquilibré ni suicidaire qu'il n'y paraît; il est aux côtés d'un vieil homme (le père veuf de Nora et de sa sœur) décidé une dernière fois à tout avouer (quitte à meurtrir), il accompagne et traduit le désir d'un enfant en manque de père.

Tout n'est pas dit, encore moins expliqué dans ce film, d'où se dégagent tout à la fois une impression de flou et pour le spectateur un sentiment de formidable liberté d'interprétation. Parfois les allusions philosophiques et mythologiques alourdissent plus qu'elles n'éclairent véritablement le dessein du réalisateur, mais les acteurs, magnifiquement dirigés, font oublier ces détails, tant ils incarnent de façon très convaincante des personnages déroutants (avec une mention particulière à Mathieu Amalric).

Se libérer du deuil, du poids d'un père, du déséquilibre et de la folie qui rôdent, de la culpabilité, du manque...: au fond c'est peut-être bien le thème de l'allègement des êtres qui est celui de ce long métrage où l'on s'identifie moins globalement à tel ou tel personnage qu'à ce qui, au royaume de son existence, le traverse, le fait ou le défait."

Serge Molla