Critique
"De retour auprès de Natacha pour découvrir ce qui lui est arrivé, Jérémie se met à côtoyer les gens qu'elle rencontrait et à soigner les malades qu'elle soignait, comme un promeneur qui se serait égaré dans une vie qui ne serait pas la sienne.
Alors qu'une voix off nous raconte la Pastorale - cette vision provençale de la naissance de Jésus - Natacha s'imagine en Marie portant l'enfant dans son ventre. Joseph, à ses côtés, c'est Jérémie, son amour de jeunesse, son amour de toujours. Parvenue à la crèche, représentée par un container abandonné sur les quais de Marseille, Marie-Natacha se révèle incapable de mettre son fils au monde. L'amour a-t-il donc tant de peine à descendre sur terre?
C'est ainsi que, sous forme de parabole, est donné le ton de la dernière œuvre de Robert Guédiguian. Et lorsqu'on suggère au réalisateur qu'il tente de cette manière de réaliser un métissage entre son engagement communiste et la foi chrétienne, celui-ci précise que pour lui ""ce sont les images qui sont chrétiennes parce qu'elles sont de l'ordre du sacré, de l'enfance, du permanent, du merveilleux. Cela fait vivre les personnages, c'est comme une sorte d'inconscient pour eux. Mais au niveau de l'engagement conscient, de la transformation du monde, c'est la tradition communiste qui s'impose, celle dont sont porteurs Natacha et Jérémie. Comme si le fond, le contenu, l'objectivité étaient communistes et la forme, la manière, la subjectivité chrétiennes.""
La démarche de Natacha et de Jérémie illustre bien ces propos. Lorsqu'ils se retrouvent après une longue séparation qui les a vus l'un parcourir le monde et s'essayer à la politique et l'autre devenir médecin dans un quartier défavorisé, c'est pour être confrontés au problème de leur engagement personnel. Cela renvoie à la figure du militant où le sentiment de l'inutilité de ce qu'il est en train de faire est toujours présent. Mais tout va s'arrêter pour ces deux-là lorsque l'une va mystérieusement tomber en syncope et l'autre donner une nouvelle orientation à sa vie.
On le constate, le propos du réalisateur est nettement plus ambitieux dans cette œuvre que dans les précédentes. Il s'agit vraiment là d'un film d'auteur. Quelque part cependant, on a le sentiment que Guédiguian, malgré sa générosité et sa sincérité coutumières, a été dépassé par l'envergure de son projet et qu'à vouloir à tout prix délivrer un message, il n'a pas su concilier la forme avec le fond. D'où cette impression d'une œuvre un peu confuse, mal maîtrisée, qui fait que l'on n'entre pas nécessairement dans la démarche de ce réalisateur qui a l'immense mérite de ne jamais laisser le spectateur indifférent."
Georges Blanc