Carnets de voyage

Affiche Carnets de voyage
Réalisé par Walter Salles
Pays de production Argentine, Brésil, Chili, U.S.A., Pérou
Année 2003
Durée
Musique Gustavo Santaolalla
Genre Historique, Drame
Distributeur Diaphana Films
Acteurs Gael García Bernal, Mia Maestro, Rodrigo De la Serna, Mercedes Morán, Jaime Azócar
Age légal 7 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 487
Bande annonce

Critique

En 1952, deux jeunes Argentins, Ernesto Guevara et Alberto Granada, partent à la découverte de leur continent. Un voyage initiatique qui jettera les bases de leur engagement politique ultérieur. Un road movie sensible et réussi.

De Walter Salles on gardait le souvenir d'un excellent film (CENTRAL DO BRASIL, 1997, CF. n. 362) et celui d'un échec assez patent (AVRIL BRISE, 2001, CF. n. 432). Dans la filmographie du cinéaste brésilien, CARNETS DE VOYAGE (Prix œcuménique au dernier Festival de Cannes) fait partie des heureuses surprises.

Ces ""carnets"" s'inspirent d'un épisode de la vie du futur ""Che"", il y a de cela maintenant un bon demi-siècle. En 1952 Ernesto Guevara, jeune étudiant en médecine argentin de 23 ans, entreprend un voyage en moto à travers l'Amérique latine, en compagnie de son ami Alberto Granada, un biochimiste de 29 ans.

Partant de quelques notes tirées de Voyage à motocyclette, un petit texte rédigé alors par le futur héros de la Révolution cubaine, Walter Salles a réalisé un film classique, un road movie intelligent qui permet de comprendre ce qui, au fil des jours, fera finalement basculer un étudiant bourgeois et humaniste du côté de la guérilla armée. La confrontation avec la réalité sociale et politique des différents pays qu'il traverse avec son compagnon - d'Argentine au Chili, de la Patagonie à la Colombie - va modifier sensiblement la perception qu'il a du monde. De nouvelles vocations associées à un désir de justice sociale s'éveilleront. ""Cette errance sans but à travers notre Amérique latine, écrit-il, m'a changé davantage que je le croyais.""

Walter Salles a évité de tomber dans le piège de la biographie d'un homme célèbre, ou dans celui de l'explication d'une vocation politique. Pas de carnet touristique non plus: le cinéaste a cherché au contraire à donner au récit une tonalité de plus en plus grave au fil des épisodes. On sent poindre peu à peu les engagements futurs de l'étudiant, son intérêt pour l'ensemble du monde latino-américain, pour les petites gens en particulier - ici un paysan au bord de la route et qui raconte sa vie, là un couple indien travaillant dans une mine, là encore les malades d'une léproserie catholique qu'il va rejoindre de nuit, en traversant à la nage le fleuve. Pas de théorie donc, pas trop de recours non plus à la corde sensible, bref un film discret et réussi. Une réussite due en grande partie aussi au talent de deux acteurs impeccables, Gael Garcia Bernal (déjà rencontré dans AMOURS CHIENNES et LA MAUVAISE EDUCATION) et Rodrigo de la Serna. Leur interprétation, sobre et impeccable, permet au film de dépasser le récit hagiographique et de porter un regard aigu sur un continent et ses problèmes, qui n'ont pas perdu leur actualité.

Antoine Rochat


"En 1952, deux jeunes Argentins, Ernesto Guevara et Alberto Granado, entreprennent un voyage en moto à travers l'Amérique latine profonde. Ernesto est un jeune étudiant en médecine de 23 ans, spécialisé en léprologie. Alberto est un biochimiste de 29 ans. Durant ce voyage, ils découvrent les richesses géographiques et humaines du continent latino-américain, mais se rendent compte aussi de la détresse sociale du peuple.

Walter Salles (CENTRAL DO BRASIL) est allé puiser sa source d'inspiration dans les livres écrits par chacun des deux protagonistes de cette histoire, et en particulier dans l'étonnant ""Voyage à motocyclette"" du futur héros de la Révolution cubaine. Cet opuscule peu connu s'avère intéressant à plus d'un titre. D'abord, bien sûr, d'un point de vue biographique, mais surtout par le ton résolument ""moderne"" employé par le Che pour raconter son expérience de jeunesse, d'une écriture fluide parsemée de touches d'humour et d'une profonde humanité. Pour un peu, on le prendrait pour un compagnon de route d'un Jack Kerouac, routard avant l'heure.

Nonobstant l'image quasi sacrale du révolutionnaire argentin, Salles a dû se dire que les pérégrinations de ce dernier avaient le calibre du parfait road movie, et permettaient en même temps d'entrevoir les conditions ""objectives"" qui ont fait basculer un intellectuel humaniste en un guérillero mythique. Car la grande révélation de ce voyage initiatique fut pour le Che sa prise de conscience des inégalités sociales du continent latino. Comme il l'écrivit: ""... cette errance sans but à travers notre ""Amérique Majuscule"" m'a changé davantage que je ne le croyais.""

Sans esbroufe, sinon une dernière scène au pathos un tantinet appuyé, Salles fait bien revivre ces moments décisifs, restant assez fidèle aux textes d'origine et à leur vocation essentiellement autobiographique. Donc point de discours théoriques, juste des fragments de vie parfaitement servis par un duo d'acteurs convaincus.

Christian Depoorter, in CCAC

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