Esquive (L')

Affiche Esquive (L')
Réalisé par Abdellatif Kechiche
Pays de production France
Année 2003
Durée
Genre Comédie dramatique, Romance
Acteurs Osman Elkharraz, Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Hajar Hamlili, Rachid Hami
N° cinéfeuilles 477
Bande annonce

Critique

"On lui doit LA FAUTE A VOLTAIRE, qui lui avait valu de multiples récompenses dont le Lion d'Or de la première œuvre à Venise, en 2001. L'ESQUIVE se passe dans une cité de la banlieue parisienne. Les adolescents du quartier ont une passion, la répétition d'une pièce de Marivaux dont ils préparent la représentation pour le spectacle de l'école. Tous, sauf Krimo (Osman Elkharraz) qui parle peu. Son père est en prison, il s'entend bien avec sa mère, mais au fond, il n'a d'autre chose à faire qu'à traîner avec ses copains. C'est ainsi qu'en assistant à une répétition, il tombe amoureux de Lydia (Sara Forestier) et soudoie Rachid pour qu'il lui laisse son rôle d'Arlequin. Il pourra ainsi lui faire sa déclaration par l'intermédiaire de son personnage.

Le scénario paraît mince, les moyens financiers ne le sont pas moins, et pourtant, L'ESQUIVE est un film courageux, qui en dit bien plus long que son argument. Derrière les façades HLM, derrière les groupes d'adolescents qui traînent, leurs conversations qui tournent en rond dans un langage à peine compréhensible, se dessine petit à petit un portrait sensible et généreux de la jeunesse banlieusarde. D'aucuns ont dit à l'auteur qu'il avait réalisé un film ethnographique, mais il s'en défend. ""Je n'ai pas l'ambition de retranscrire des blocs de la réalité brute, explique-t-il, mais plutôt celle de reconstruire avec mes acteurs un monde à nous, fictif, traversé par des instants d'émotions qui lui donnent vie.""

Les acteurs sont formidables, mais il faut beaucoup d'attention pour les comprendre. Le film souffre de longueurs. Pourtant, ces défauts se laissent oublier par la qualité du regard porté sur eux. Ces adolescents, presque tous d'origine arabe ne sont pas des voyous. Ils ont des soucis, des désirs qu'ils maîtrisent mal, ils subissent des pressions qui les dépassent, ils sont vrais. C'est assez de délicatesse de la part du réalisateur pour qu'on lui concède quelques maladresses. Et c'est la moindre des choses qu'un public ordinaire entre, pour une fois, dans le monde fermé de cette jeunesse."

Geneviève Praplan