21 grammes

Affiche 21 grammes
Réalisé par Alejandro González Iñárritu
Pays de production U.S.A.
Année 2003
Durée
Musique Gustavo Santaolalla
Genre Drame
Distributeur ARP Sélection
Acteurs Benicio Del Toro, Charlotte Gainsbourg, Sean Penn, Naomi Watts, Clea DuVall
N° cinéfeuilles 473
Bande annonce

Critique

"Complexe et sombre, certes! Mais aussi passionnant, bouleversant et profond, le deuxième long métrage du réalisateur d'AMOURS CHIENNES: une petite merveille esthétique, servie par des acteurs au sommet de leur forme.

Tout être humain, paraît-il, perd au moment même de sa mort 21 grammes. De quoi ces 21 grammes sont-ils faits? La question peut sembler futile et la recherche absurde, mais la réponse cinématographique d'Alejandro Iñárritu, par son deuxième long métrage, est une œuvre magnifique. Pourquoi?

Parce que ces 21 grammes ont une véritable matérialité - sang, sueurs d'angoisse, amertumes - que le film prend en compte sans faux-fuyants. Paul, prof de mathématiques claudiquant, attend une transplantation cardiaque; Cristina, ex-junkie, est devenue mère de deux petites filles; Jack sort de prison et s'emballe dans une foi chrétienne vigoureusement proclamée. Diversité des mentalités, des couches sociales, des itinéraires de vie. Survient le choc, qui frappe chacun des protagonistes comme, au jeu, la boule terrasse les quilles.

Parce qu'ensuite ces 21 grammes représentent une mesure incalculable d'immatérialité: c'est le poids de la vie elle-même, ou alors celui de l'âme, ou encore celui de l'amour. Tissant une intrigue passionnante d'un bout à l'autre, Iñárritu nous plonge finalement au cœur d'une méditation philosophique, empruntant les chemins boueux de plusieurs destinées. Ainsi s'enchevêtrent avec une superbe densité les parcours dramatiques de six personnes formant trois couples.

C'est le résultat de l'habile mise en scène d'acteurs tous excellents, d'une écriture et d'un montage qui triturent savamment le temps, malaxant présent et passé sans jamais tomber dans l'artifice. La photographie enveloppe le récit dans un écrin de lumières et de couleurs qui s'adapte aux contours du scénario avec l'agilité du caméléon (voir ci-contre).

21 grammes, c'est la parfaite gestion de plusieurs contraires: la rigidité du cadavre et la chaleur du désir de vivre et d'aimer; le découpage frénétique des plans et l'aspiration à un incommensurable repos. Ici s'affrontent surtout la douceur infinie de la tendresse et l'horreur lancinante du remords. Un film qui sonde avec grandeur quelques recoins obscurs des êtres et des couples.





Rodrigo Prieto (directeur de photo): ""Nous avons divisé les histoires en trois couleurs différentes pour coller à la structure du film. Il y a des signaux que le public doit reconnaître. L'univers de Paul est bleu froid. Celui de Jack est jaune orangé. Dans celui de Cristina, c'est un mélange de rouge et de doré avec des touches du bleu de l'univers de Paul. Quand les choses se gâtent pour les personnages, on a utilisé une pellicule plus granuleuse. Quand la situation est plus stable et plus facile, le grain de la pellicule est plus fin. Les différentes qualités de pellicule donnent aux personnages différentes textures suivant leur état émotionnel""."

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