Lundis au soleil (Les)

Affiche Lundis au soleil (Les)
Réalisé par Fernando León de Aranoa
Pays de production Espagne, France, Italie
Année 2001
Durée
Musique Lucio Godoy
Genre Comédie dramatique
Distributeur Colifilms Diffusion
Acteurs Serge Riaboukine, Javier Bardem, Luis Tosar, José Angel Egido, Nieve de Medina
Age légal 10 ans
Age suggéré 12 ans
N° cinéfeuilles 457
Bande annonce

Critique

"Tendresse, humour, tragédie, c'est un bien beau portrait du chômage ordinaire que ce film espagnol. Défendu par des comédiens irréprochables.

Il y a quelques années, Santa (Javier Bardem) et ses amis travaillaient sur les chantiers navals. La crise, les prix bradés de la main-d'œuvre étrangère ont eu raison de leur emploi. Depuis, chaque lundi, ils prennent le ferry qui les conduit au bureau de placement. Candidats quadragénaires à l'embauche, ils en reviennent après avoir entendu invariablement la même phrase: on vous téléphonera. Les autres jours s'écoulent au soleil ou sous la pluie, devant un verre le plus souvent, ils sont rythmés de petits événements comme le procès pour un lampadaire brisé au cours de la grève. Les amis tiennent bon, chacun à sa manière, selon sa personnalité. Mais l'érosion du chômage est terrible. Les couples y résistent mal, parfois même l'amitié est griffée par quelques mots cruels. Elle tient bon, toutefois, peut-être grâce à Santa qui de combines en combines, trouve le moyen de garder la tête haute.

On ne peut s'empêcher de penser à RAINING STONES de Ken Loach devant LES LUNDIS AU SOLEIL qui pourraient en être la version espagnole. A vrai dire, le thème est si universel, si récurrent, qu'il semble toujours avoir été traité quelque part. La parenté avec Ken Loach se situe dans la qualité du regard. Auteur de quatre films avec celui-ci, Fernando Leon de Aranoa a reçu de nombreuses récompenses pour toutes ses réalisations. Metteur en scène, mais aussi scénariste, il maîtrise son récit et s'entoure d'interprètes formidables. ""Il fait partie de ces gens qui n'ont pas conscience de leur talent. Il écrit avec une sincérité à fleur de peau et un vrai sens du collectif. Dans son film, il parle de ce qu'il nous coûte d'être unis"", explique Javier Bardem.

Comme Ken Loach, Fernando Leon de Aranoa montre la solidarité entre les personnes, leur façon de s'épauler, leurs regrets de ne pas l'avoir fait assez. Leur humour, leur drôlerie aussi. Ces hommes d'abord, que la vie a menés sur des chemins différents: celui qui a refait sa situation en ouvrant le bar où tout ce petit monde se retrouve, celui qui travaille de nouveau, celui qui se présente à toutes les embauches, celui qui sombre dans l'alcoolisme. Il y a aussi des femmes, celle qui fait bouillir la marmite en travaillant dans une conserverie et l'adolescente qui écoute et comprend.

Plutôt qu'un réquisitoire contre le chômage, c'est une belle galerie de portraits que le réalisateur espagnol dessine là. Il révèle très sobrement les drames intérieurs, la révolte, l'impuissance, l'inaltérable tendresse. Santa et ses amis sont comme les mailles d'un même tricot. Il n'y a pas de héros. Si l'un apparaît plus fort que les autres, il ne serait pas grand-chose sans les autres. Images simples mais justes, dialogues concis, efficaces, il n'y a ni fioriture, ni dramatisation. Le couple qui se délite, la disparition d'Amador donnent lieu à des séquences exemplaires pour leur qualité de ton. ""Je n'apporte aucune idéologie, précise le metteur en scène. J'essaie juste de refléter la vie des gens qui portent en eux un grand nombre de problèmes conséquents aux politiques sociales habituelles de ce pays."""

Geneviève Praplan